Le bulletin d’une congrégation religieuse rapportait récemment encore les paroles du prélat, évoquant sa vie de missionnaire:

Un jour, l’isolement dans lequel j’étais plongé se fit sentir d’une manière écrasante. Tout devint si sombre pour moi, que l’âme pleine d’angoisses, et n’en pouvant plus, j’allai me prosterner dans la petite chapelle. Là, la tête appuyée sur l’autel, absolument seul avec Jésus vivant pour moi dans cette étroite prison, je lui parlai, comme un ami à son ami; je lui confiai mes troubles, mes lassitudes, mes tristesses... On dit parfois que le bon Dieu ne parle pas. Mais si, il parle! Sans doute ses paroles ne se formulent pas en sons articulés, entendus de nos oreilles; mais elles s’impriment dans l’âme en lumières, en mouvements, en convictions, en résolutions d’agir, de se dépenser sans hésitation et sans calcul. Combien promptes et claires furent, cette fois, les réponses de l’invisible Conseiller! Aussi je me relevai fort comme un lion. Le doux Captif m’avait versé ses énergies.

Les premières affections survivent à toutes les autres: loi du cœur humain, qui attache à jamais le prêtre aux âmes confiées à sa jeunesse sacerdotale. Si elles sont en même temps les filles de sa douleur, il les aimera comme sans doute doivent aimer les mères. A ces titres, les Indiens du Fond-du-Lac restèrent les Benjamins de Mgr Pascal. Ses souvenirs les revoyaient particulièrement dans cet hiver 1877-1878, où il souffrit avec eux. Des chasseurs partis à la recherche du renne tombèrent avant d’avoir pu le rejoindre. Autour de la mission ce fut le jeûne cruel. Le père voulut jeûner comme ses enfants. Combien sauva-t-il de vies au risque de la sienne, en distribuant, bouchée par bouchée, toutes ses provisions! Il fut réduit à ramasser avec le balai les poussières de viande sèche tombées sur le plancher pour se nourrir lui-même.

Les Mangeurs de Caribous rendirent bien à leur missionnaire la tendresse qu’il leur manifesta.

«—Il est vrai qu’on ne voit pas le cœur, observait l’un d’eux; mais lui, le Père Pascal, quand il nous parlait, on le voyait, son cœur.»

Un vieux métis du Fond-du-Lac, Louison Robillard, qui connut et assista, l’un après l’autre, tous les missionnaires, nous disait:

Ah, il n’était pas fier le Père Pascal. Il était pareil comme nous autres. Il prêchait si bien qu’il nous faisait aimer le bon Dieu, malgré nous. Avec ça, il savait tirer les caribous. Ça, c’est gros pour les sauvages! Des fois, il venait avec nous à la chasse. Il disait que c’était pour nous faire plaisir. Quand son caribou était assez proche, il ajustait ses lunettes, et bloum! ça déboulait! Oui, tout le monde il aimait le Père Pascal.

En 1881, il fut nommé directeur de la mission de la Nativité.

En 1890 il eut à conduire de là, à Saint-Boniface, un frère atteint de démence. Il s’égayait plus tard à redire que son malade le conduisait lui-même à l’épiscopat.

Le concile provincial de Saint-Boniface de 1888 avait demandé au Saint-Siège la division du diocèse de Saint-Albert. La partie détachée constituait le vicariat de la Saskatchewan. Comme il n’y avait pas de prêtres séculiers, il fallait choisir un Oblat. Sur la recommandation du supérieur général, le Père Pascal fut présenté comme dignissimus.