Le Père Grollier, qui était allé l’année précédente à Saint-Joseph, pour être le compagnon du Père Eynard, avait à peine atteint son poste qu’il avait vu passer, sur les barges de la Compagnie, l’archidiacre protestant Hunter, en route pour les forts du fleuve Mackenzie, et que, sans balancer, il s’était précipité sur les traces du ravisseur, jusqu’à Good-Hope.
C’était en lieu et place du Père Grollier que le Père Gascon se voyait soudainement dépêché.
Comme il venait de commencer son noviciat d’Oblat, Mgr Taché nommait le Père Eynard substitut du maître des novices.
Envoyer un novice à pareille distance (900 lieues), disait-il au Père Aubert, c’est sans doute un grave inconvénient; mais, comme me l’ont fait observer mes conseillers, le Père Gascon n’est pas novice en vertu: on peut compter sur lui mieux que sur certains profès.
Le Père Gascon arriva le 12 août 1859, au Grand Lac des Esclaves.
Le 6 janvier 1861, ayant enfin trouvé le temps de faire sa retraite préparatoire, il prononça ses vœux perpétuels, aux pieds du Père Eynard. Des 512 jours qu’avait duré ce noviciat, dans le Nord, le novice en avait passé 147 en compagnie de son maître. Le reste des 16 mois, l’un et l’autre avaient parcouru les missions dépendantes de Saint-Joseph.
Ces missions étaient alors les forts de la rivière au Sel, Grande-Ile, Rae, Simpson, Liard et Halkett.
Le Père Gascon fut le premier prêtre à porter l’Evangile dans la rivière des Liards, affluent du Mackenzie. Il se rendit, en 1860, jusqu’au confluent de ces rivières, au fort Simpson, malgré l’affront de la Compagnie—ou plutôt de ses officiers locaux—qui lui refusèrent, sur les barges, un passage qu’ils octroyaient au ministre protestant. Celui-ci allait donc s’emparer des sauvages du fort des Liards. Mais le Père Gascon, hélant un canot d’écorce, avec trois hommes, s’aventura sur le Grand Lac des Esclaves, à la poursuite des barges, qu’il rejoignit au fort Simpson, le 26 août, à la stupéfaction du bourgeois et à la consternation du prédicant.
Le Père Grollier était là, venu du fort Good-Hope (960 kilomètres), afin de rencontrer son confrère et d’organiser avec lui la lutte contre l’ennemi.
Le Père Grollier était accouru sur le rivage, raconte le Père Gascon. Deo gratias, Deo gratias, me dit-il, pour me saluer; et aussitôt de se jeter à mon cou, et de m’embrasser. Les sauvages du fort des Liards sont à nous, ajouta-t-il. Oh! Quel bonheur pour moi!