—Enfin, dis-moi exactement ce que tu as fait à cette malheureuse?
Ce disant, elle prend des deux mains tout ce qu’elle peut empoigner des cheveux du père, et se met à les tirer à elle de toutes ses forces.
—Assez, assez! Lâche-moi! je comprends bien maintenant.
—Non, tu ne peux pas me comprendre encore, car je l’ai tenue plus longtemps que cela, et j’ai tiré plus fort. Je veux que tu saches tout.
Et les pauvres cheveux de pâtir de plus belle pendant les minutes que dura la leçon de choses.
—Bien! fit-elle, à la fin, en regardant les débris qui restaient dans ses mains: c’est à peu près comme ça. Si tu avais eu plus de cheveux, j’aurais pu te faire mieux comprendre. Mais c’est égal; tu peux avoir l’idée de mon chagrin, quand je pense à ma mauvaise action. Bénis-moi, ô père de mon cœur, et demande au bon Dieu de me pardonner!
La maisonnette de 17 pieds de long, qu’avait bâtie le Père Gascon, servit 7 ans au Père Roure. Au bout de 5 ans, il obtint une petite vitre, qu’il put mettre au milieu des parchemins du châssis, et qui lui permit ainsi de lire son bréviaire, à la lumière du jour. Ephémère douceur! Un soir qu’il veillait, à côté de sa lampe de graisse de renne, la vitre vola en miettes, et un sifflement lui rasa la nuque: c’était une balle que lui tirait un sauvage à qui il avait refusé la permission d’échanger sa vieille femme contre une plus jeune. Le sauvage avait passé outre. Le père l’avait «excommunié»; et tous les Plats-Côtés l’avaient mis au ban. De rage, le polygame avait menacé le père de le tuer. Et voilà qu’il essayait de tenir parole. La balle se logea dans l’un des troncs d’arbres qui constituaient le mur. Pacifiquement, le Père Roure se leva de son escabeau et remit un parchemin.
Quant à la stabilité de cette demeure qu’il appelait un «monument sans banc, ni chaise, ni plancher, ni outil d’aucune sorte», n’en parlons pas:
Une fois, dit-il, mon toit s’effondra complètement. C’était durant la nuit du 10 au 11 novembre. Comme je l’entendais travailler, et pensant qu’il pourrait bien tomber, au lieu de rester couché à terre, devant mon feu, comme d’habitude, je me levai et j’allai me coucher contre le mur, de manière à ce que, si le toit dégringolait, les poutres ne pussent m’atteindre. Vers minuit en effet tout le toit tomba; mais je n’eus pas de mal. Je me levai de bon matin, le lendemain, pour refaire mon abri.