En 1868, le Père Grouard vint commencer, au fort Nelson, la mission Saint-Paul.

Il y trouva, avec les Esclaves, et en nombre presque égal, des Sékanais.

Les Sékanais, tribu dénée encore, s’irradient sur les deux versants des montagnes Rocheuses, et tombent, selon leurs zones de chasse, sur les missions de la Colombie, ou sur les missions du Mackenzie. Les Sékanais, de noble caractère, respectueux, généreux, eussent fait la gloire de l’Eglise, s’il se fût trouvé un missionnaire de leur langue, sœur de la langue castor, à même de les suivre. Les rares familles qui prirent contact avec le prêtre, aux forts des rivières la Paix et Nelson, se firent instruire par interprètes, et reçurent le baptême.

Il reste, au fort Nelson, environ 250 sauvages, convertis et assez fidèles.

Ils coûtèrent une rude rançon d’ouvriers et d’ouvrage.

D’abord, à peine avaient-ils été abordés par les Pères Grouard et de Krangué, qu’un prophète se leva parmi eux. Il ne réclamait même pas trois lignes d’un honnête homme, celui-là, pour le faire pendre: il lui suffit d’un dessin pour métamorphoser le Père Lacombe en apôtre de Belzébuth:

Voyez cette image, disait le sorcier à ses ouailles, en montrant le catéchisme symbolique du célèbre missionnaire des Cris et des Pieds-Noirs, voyez ces hommes—il mettait le doigt sur Luther, Calvin et autres ejusdem farinae—: ils sont habillés de couleurs variées, ils sont beaux: donc ils iront dans la terre d’en-haut (le ciel), où tout est beau. Voyez maintenant ces hommes tout noirs—désignant le prêtre, la robe-noire—: Ne ressemblent-ils pas, avec leur triste couleur, à nos corbeaux malfaisants? Ils s’en vont au feu d’en-bas, je vous le dis; et avec eux rôtiront tous les Esclaves et tous les Sékanais qui les suivront. Allons donc, mes amis, au priant Anglais, qui est habillé à la manière des beaux bourgeois de l’image, et n’écoutons plus le priant Français, qui est tout noir.

Le harangueur souleva, en quelques dithyrambes de cette sorte, tous les Indiens, qui demandèrent un ministre protestant.

Le commis, M. Brass, trouvant belle l’occasion de faire instruire en anglais ses propres enfants, accepta d’être le porte-parole des sauvages, et fit parvenir la requête aux quartiers anglicans.

Le Père de Krangué apprit ces nouvelles, au fort des Liards, l’été 1878: