Un hôte auguste s’ajouta, pour ce même hiver, à la communauté de Good-Hope, Mgr Grandin[59].

Comme le prélat proposait au Père Grollier de le ramener en un climat plus doux, dans quelque maison mieux approvisionnée:

—Monseigneur, répondit le missionnaire, je vous supplie de me laisser mourir ici. Je pourrai du moins garder la mission, pendant que le Père Séguin voyagera, et faire le catéchisme. Oui, laissez-moi prêcher, travailler, et lutter jusqu’au bout, pour mes sauvages. D’ailleurs, quand l’heure sera venue, je partirai sans retard. Les missionnaires ne font pas de longue maladie!

Jusqu’au bout, il prêcha, il catéchisa, il travailla, comme il l’avait dit. Les derniers jours, ne pouvant plus parler, il prêchait et catéchisait par signes.

Il célébra sa dernière messe, le 24 mai 1864.

Le dimanche 29 mai, il assista à la fête désirée de sa vie: la plantation d’une grande croix, sur le promontoire de Good-Hope, par le Père Séguin. Il se fit asseoir à la porte, afin de bien voir. Lui-même avait indiqué les cantiques français et montagnais qu’il fallait chanter.

Lorsque la croix fut dressée, il s’écria:

—Je meurs content, ô Jésus, maintenant que j’ai vu votre étendard élevé jusqu’aux extrémités de la terre!

—Oh! Oui! je suis content, disait-il ensuite au Père Séguin, si content que j’ai pleuré de joie tout le temps de cette cérémonie!

L’agonie du missionnaire commença le lendemain. Elle ne fut interrompue que le temps de recevoir, en pleine connaissance et en plein amour, l’extrême-onction et deux fois le saint Viatique: