Cordialité dans l’accueil, gaieté retentissante, obstination en toute entreprise: ainsi pourrait-on caractériser les Loucheux. La foi de ces «Bas Bretons de l’Extrême-Nord» a triomphé de toutes les superstitions, et reste lumineuse, impulsive, indéracinable.

«—Quels braves gens, s’écriait Mgr Grouard, les rencontrant pour la première fois, en 1890! Je n’ai jamais vu tant de foi, de piété et d’entrain que chez eux!»

Pendant la famine 1888-1889, qui dévasta les régions polaires plus encore que le reste du vicariat d’Athabaska-Mackenzie, deux familles Loucheuses, jeûnant depuis des semaines, parvinrent à se traîner jusqu’à la mission Notre-Dame de Bonne-Espérance:

«—Hélas! pauvres enfants, leur dirent les missionnaires, que venez-vous faire ici? Vous savez bien que nous n’avons rien pour vous secourir!

«—C’est vrai, nous le savions, répliqua celui qui avait encore la force de parler; mais nous n’avions rien non plus là-bas. Alors nous sommes venus pour entendre encore une messe. Après cela, nous pourrons mourir; nous serons contents».

Aux prises avec une autre famine, un camp de Loucheux se vit réduit par la vilenie des commis-traiteurs à choisir entre la mort et l’apostasie:

—Faites-vous protestants, leur disait-on, et vous aurez des vivres, du plomb, de la poudre, des vêtements.

—Gardez vos biens, répondirent les Indiens. Nous mourrons de faim, s’il le faut; mais nous resterons catholiques!

Le missionnaire ne résidait pas encore parmi eux, à cette époque.

Telle qu’elle est aujourd’hui, la mission Loucheuse peut être proposée comme le modèle de la chrétienté, qui n’a de cœur que pour aimer Dieu et ses prêtres.