L’enfant, chez les Dénés païens, partagea le sort de sa mère.

Louis Veuillot écrivait, en 1866:

Le genre humain est doué d’une sorte de goût à tuer les enfants... Il n’y a guère que le christianisme qui combatte efficacement cette singulière coutume; et là où le christianisme baisse, la coutume, vaincue par lui, reprend son meurtrier empire... Quand il n’y aura plus de christianisme, comment le progrès fera-t-il pour conserver les hommes?

Les Dénés respectèrent, à tout le moins, les lois de la nature, et ne mirent pas à «tuer les enfants» les raffinements que l’on connaît ailleurs. Ils les laissèrent naître.

Les garçons étaient ordinairement les bienvenus, sauf les infirmes, en qualité de futurs chasseurs. Dès que le petit avait tué son premier oiseau, son premier lièvre, on lui faisait des fêtes. Au premier renne, ou au premier orignal, l’autorité paternelle n’avait plus qu’à décliner. Le fils, meilleur chasseur que son père, devenait le maître de la loge, et réglait tout à sa volonté.

Mais malheur aux petites filles! Aujourd’hui encore, les mères se diront fières de leurs garçons, et les présenteront à tout venant: «C’est un dénéyou, celui-ci! un petit homme!» Quant à leurs filles, elles n’en parlent que le moins possible.

Aux temps païens, la mort attendait les petites filles naissant au delà du nombre requis pour les besoins de la race et des travaux. Condamnées d’avance, elles étaient exécutées sur-le-champ. La mère elle-même se chargeait de les étouffer, car l’homme se fût trop avili, à si vulgaire besogne. Si l’enfant était épargnée, son martyre commençait avec sa vie. Elle grandissait et se préparait à son rôle d’épouse et de mère, en partageant, avec les chiens, la nourriture et les coups. Durant les famines, lorsque les parents se décidaient à manger leurs enfants, c’est par les filles qu’ils commençaient. L’homme désignait à la femme la victime du jour, en lui remettant le couteau.

Pour l’orphelin, quel que fût son sexe, il était abandonné aux loups, dans les bois; ou bien, si quelque parent le laissait suivre le campement, sa condition était si misérable qu’il eût préféré la mort.

Un spectacle qui n’a point fini de s’offrir péniblement à nous, lorsque nous visitons les sauvages christianisés, nous révèle, par la résistance des abus à tant d’efforts du missionnaire, quelle dut être, autrefois, l’infortune des vieillards.

Qu’ils sont loin encore, nos convertis, de savoir la chaude tendresse qui enveloppe, au meilleur coin du foyer familial, les derniers jours de nos grands-pères à l’indulgent sourire et de nos grand’mères au long chapelet!