Le lendemain, la caravane se remit en marche. En avant, le Père Rouvière battait la neige de ses raquettes, pour frayer le passage. Le Père Le Roux était à la tâche, non moins pénible, de retenir, avec des cordes, l’arrière du traîneau qui, sans cela, aurait chaviré à chaque cahot.

Chemin faisant, le vent se leva et une tempête se déchaîna. La neige tourbillonnait en flocons aveuglants. La marche devenait de plus en plus pénible...

Sinnisiak jugea le moment propice. Il murmura quelques mots d’ordre à l’oreille d’Oulouksak; et tous deux se débarrassèrent du harnais.

Sinnisiak s’en alla derrière le traîneau; mais le Père Le Roux, mis en défiance, le suivit du regard... Le misérable eut alors recours à un stratagème: il fit mine de détacher sa ceinture en disant qu’il avait à satisfaire un besoin naturel. Le prêtre détourna les yeux; et le scélérat, se rapprochant de lui vivement, le frappa, de son grand coutelas, dans le dos.

Le blessé se précipita en avant, en poussant un cri; mais à peine avait-il dépassé le traîneau qu’Oulouksak, à son tour, se jetait sur lui, pendant que Sinnisiak disait:

—Achève-le. Moi, je vais m’occuper de l’autre!