[40] La pipe était l’unité de mesure des coureurs-des-bois; et elle l’est demeurée pour les Indiens du Nord, lorsqu’ils apprécient les distances.

«Il y a tant de pipes d’un fort à tel autre. J’ai tué un ours à trois pipes d’ici» veulent dire: «Dans cet espace, le voyageur s’arrêterait tant de fois, le temps d’allumer sa pipe et de se reposer un peu.»

La longueur de la pipe varie avec la saison, l’état des neiges, des bordillons, et le courage du marcheur. Elle représenterait une moyenne de quatre à huit kilomètres. Un saint homme ne répondait-il pas à qui s’informait de la distance qu’il y avait d’un certain endroit à un autre: «La longueur de trois chapelets.»

[41] Ce chemin de charrette, qui ne mesurait pas moins de 145 kilomètres, a été remplacé récemment par le chemin de fer d’Edmonton à Peace River.

[42] Toutes les missions du Nord commencèrent par ces maisons-chapelles: une pièce unique, avec un réduit aménagé pour l’autel et caché par un rideau ou par une porte à deux battants. Le rideau tiré, ou la porte ouverte, toute la salle devient église. Les murs de cette maison-chapelle sont des arbres grossièrement équarris, placés l’un sur l’autre, et enchevêtrés l’un dans l’autre aux extrémités pour former les angles, ce qui a nom d’architecture en tête de chien, dans l’archéologie du Nord. Les interstices des arbres reçoivent des paquets de limon mêlé d’herbe: c’est le bousillage. Le plancher est en rondins de petite sapins contigus. Une couche de terre constitue la toiture. Le foyer à feu ouvert est maçonné de roches.

Mgr Clut parle des rapports de sa mitre et des solives. Cette observation nous rappelle un incident fort goûté là-bas, et dont il fit les frais, dans la maison-chapelle du fort Rae, Grand Lac des Esclaves, chapelle qui dépassait en luxe de misère celle du Fond-du-Lac Athabaska. C’était à Noël. Mgr Clut officiait quasi-pontificalement, comme il disait pour marquer qu’il manquait toujours quelque chose à l’appareil épiscopal. Cette fois encore il portait la mitre. Au Gloria in excelsis Deo, il fut s’asseoir sur un joli trône, fait du seul meuble convenable que l’on avait pu trouver, et recouvert d’une soyeuse peau de jeune caribou. Les Plats-Côtés-de-Chiens chantaient «comme des orgues vivantes». La jouissance du spectacle transportait l’évêque parmi les anges du Gloria de Bethléem, lui faisant oublier l’atmosphère compacte d’exhalaisons aiguës de tous ces Indiens tassés autour de lui. Cependant la chaleur de cette étuve grouillante amollissait les chandelles de suif de caribou. S’apercevant que celle du sauvageon porte-bougeoir, accroupi aux pieds du prélat, penchait trop vers Sa Grandeur, le Père Roure s’approcha, et lui dit, avec calme:

—Attention! Tâche de ne pas mettre le feu au trône: Monseigneur est assis sur le baril de poudre.

Mgr Clut entendit. Vif lui-même comme la poudre, il n’eut pas besoin de la détonation pour bondir en l’air. Ce mouvement tout spontané aplatit la mitre contre le soliveau qui surplombait et ramena brusquement l’évêque et l’auditoire des sereines hauteurs du Gloria in excelsis à de plus humbles réalités.

[43] La préfecture apostolique du Youkon, située entre les montagnes Rocheuses, à l’est, et l’Alaska et l’océan Pacifique, à l’ouest; et entre le 54e degré de latitude, au sud, et l’océan Glacial, au nord, est devenue vicariat apostolique en 1918. Mgr Emile Bunoz, O. M. I., qui, de préfet, devint le vicaire apostolique du Youkon, fut sacré à Vancouver, le 18 octobre 1918, par Mgr Casey, archevêque de Vancouver, assisté de Mgr Legal et de Mgr Breynat. Mgr Bunoz réside à Prince-Rupert (Océan Pacifique).

[44] Le Père Husson fut «le missionnaire charpentier de la rivière la Paix». Mgr Grouard l’a plus d’une fois présenté «luttant contre le colosse de l’invasion protestante, le bréviaire et la hache à la main», «grand bâtisseur des missions du district», et «voyageur à qui il n’arriva jamais de se faire traîner».