Obligé de travailler son champ pour vivre, il portait des soutanes usées et rapiécées, d’étoffe grossière, dont il eût été difficile de dire la couleur. Son carrosse épiscopal était une grosse charrette à laquelle il attelait un bœuf. Plus tard, il remplaça le bœuf par un cheval. Pour siège, dans cette voiture, il prenait une chaise qu’il liait solidement avec une corde, et il cheminait ainsi à travers la prairie, allant d’une mission à l’autre. Pour chaussures, il avait de gros sabots en bois. Il aimait mieux vivre dans cette pauvreté et se priver d’une foule de choses que de retrancher un sou à ses chères missions. Un jour qu’on l’exhortait à changer sa charrette pour une voiture plus douce, tant il était vieux et fatigué, il répondit:
«—Je me suis toujours fait une règle de ne rien dépenser pour mon bien-être personnel; ce n’est pas à la veille de descendre dans la tombe que je veux renoncer à cette résolution dont j’attends tant de consolation à l’heure dernière.»
De son pauvre palais de Saint-Boniface, la flamme apostolique du pieux évêque rayonna jusqu’aux confins de son diocèse. Elle embrasait d’une ardeur suppliante les appels qu’il faisait au dévouement des prêtres de Québec.
Mais il avait soin de marquer toujours qu’il ne voulait que «des hommes de choix», des «sujets d’espérance», des «planteurs de la foi».
M. Thibault fut l’un de ces «sujets d’espérance, planteurs de la foi», envoyés par Québec au Nord-Ouest.
Il arriva, jeune sous-diacre, en 1833.
Il devait consacrer aux missions trente-neuf ans de sa vie sacerdotale.
En 1842, rompu au métier apostolique chez les Sauteux et chez les Cris de la prairie, il se propose lui-même à Mgr Provencher qui demande un missionnaire pour commencer l’évangélisation des sauvages des bois du Nord.
Il part à cheval, de Saint-Boniface, le 20 avril. Le 19 juin, il est au Fort des Prairies (Edmonton), à 375 lieues de Saint-Boniface:
J’ai passé le reste de l’été, écrit-il de là, parmi des nations bien méchantes qui pourraient bien quelque jour me lever la chevelure. Je n’ai qu’un homme pour m’accompagner et me guider dans mes courses. Que Dieu soit béni! S’il me juge digne de plaider sa cause, il me conservera.