Chaque fort-de-traite de l’Athabaska-Mackenzie envoyait au Portage la Loche deux barges, chargées des retours des pelleteries de l’année. Ce long voyage—deux mois, depuis Good-Hope—demandait un gros équipage pour faire la touée des barques, contre le courant, toujours rapide, du fleuve Mackenzie, de la rivière des Esclaves, de la rivière des Rochers, de la rivière Athabaska et de la rivière Eau Claire enfin, laquelle aboutissait au Portage la Loche.
Pendant plus d’un mois, le Portage devenait une Babel fourmillante de toutes les races et de toutes les tribus. Il y avait des Cris, des Sauteux, des Maskegons: tous de la nation Algonquine, et venant de l’est ou du sud. Il y avait des Loucheux, des Peaux-de-Lièvre, des Esclaves, des Flancs-de-Chiens, des Couteaux-Jaunes, des Castors, des Montagnais, des Mangeurs de Caribous: tous de la nation Dénée et venant du nord. Parmi ces Peaux-Rouges, allaient et venaient quelques commerçants affairés.
En cette année de grâce 1845, la foule du Nord était plus nombreuse que jamais, car ayant appris que «l’homme de la prière», «la robe noire», «le priant Français», le prêtre de la vraie religion, cette fois, serait là, plusieurs sauvages du lac Athabaska et du Grand Lac des Esclaves avaient formé une flottille spéciale de canots d’écorce. Tous ces Indiens, engagés de la Compagnie ou gens libres, avaient poussé barges et pirogues, avec un entrain inconnu, vers le rendez-vous marqué.
A ce rendez-vous, l’homme de la prière, M. Thibault, arriva le premier.
Parti du lac Sainte-Anne, au lendemain des fêtes de Pâques 1845, il s’arrêta à l’Ile à la Crosse, à 180 lieues du lac Sainte-Anne «après beaucoup de fatigues, et jeûnant depuis quatre jours», nous apprend M. Laflèche.
Quant à M. Thibault, que «son humilité a toujours empêché de faire connaître ses travaux et ses privations dans ses lointaines missions», dit encore M. Laflèche, il se contente de tracer dans le journal de son itinéraire ces quelques mots: