Il avait semé en 1845, arrosé en 1846. Aussitôt Dieu donna la croissance.
Cette année même 1846, en effet, l’Eglise catholique prit possession définitive de la nation dénée par M. l’abbé Laflèche et le Père Taché, qui arrivèrent de Saint-Boniface à l’Ile à la Crosse, deux mois après le départ attristé de M. Thibault.
M. Laflèche fut le dernier des prêtres séculiers, et le Père Taché le premier des Oblats de Marie Immaculée qui eurent l’honneur d’aller porter si loin la parole de Dieu.
Certes, ils ont valeureusement combattu, les prêtres séculiers missionnaires. Mais ils étaient trop peu—douze en 26 ans—; et l’assurance du renfort ne pouvait leur être donnée. Il manquait à leur phalange les secours et les soldats de réserve que les congrégations organisées peuvent promettre. C’est pourquoi Mgr Provencher désira des religieux. Il chargea de cette cause Mgr Bourget, évêque de Montréal.
Tous deux cherchaient des Jésuites. Ils trouvèrent des Oblats.
Les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée arrivèrent à Montréal en 1841, et à Saint-Boniface en 1845.
Il ne nous sied pas d’apprécier l’œuvre générale de nos confrères dans le territoire qui fut longtemps l’unique diocèse du Nord-Ouest. Mais la voix la plus autorisée, celle de Mgr Béliveau, archevêque actuel de Saint-Boniface, a daigné le faire, au cours de sa lettre pastorale, annonçant les fêtes du centenaire de Mgr Provencher (1818-1918). Nous en remercions Sa Grandeur, et nous nous permettons de retenir, pour nous encourager à plus de vertus, ses réconfortantes paroles:
«En ce centenaire de la fondation de l’Eglise de Saint-Boniface, il nous incombe d’envoyer un message de religieuse gratitude au siège épiscopal de Québec qui nous donna le premier évêque et aux différents diocèses détachés plus tard de ce centre. C’est de la Province de Québec que vinrent les ouvriers de la première heure; c’est d’elle que sont accourus la plupart de ceux et de celles qui travaillent encore à l’œuvre de Dieu dans nos pays de l’Ouest.
«A Dieu ne plaise que nous voulions reléguer dans l’ombre les vaillants missionnaires venus de l’ancienne mère patrie. Ici, comme sur toutes les plages du monde, la noble France resta fidèle à son esprit apostolique, et c’est vers cette terre classique du dévouement que le premier évêque de Saint-Boniface tourna les yeux pour assurer, par de nouvelles recrues de missionnaires, la conservation et le progrès de son œuvre...
«En 1845, l’objet de ses désirs était réalisé, et le Rév. Père Aubert, accompagné du Frère Taché, débarquait à Saint-Boniface.