Car, pour un jour, nous avons fait trêve avec la mort et, pour quelques heures parfumées, nous sommes tous deux devenus immortels.
Si même l’armée du roi venait et furieusement se jetait sur nous, nous nous contenterions de secouer tristement la tête et de dire: «Frères, vous nous dérangez. Si vous voulez jouer à ces jeux bruyants, allez plus loin faire cliqueter vos armes. C’est seulement pour quelques instants fugitifs que nous sommes devenus immortels.»
Si des amis venaient nous entourer, nous les saluerions humblement et leur dirions: Cette bonne fortune nous met dans un grand embarras. Dans le ciel infini, la place est restreinte où nous demeurons. Car, au printemps, les fleurs pullulent et les ailes besogneuses des abeilles se frôlent. Ce petit ciel où nous demeurons seuls, nous deux immortels, est trop absurdement étroit.
XLV
Convives, que l’ordre de Dieu doit disperser, sans que nulle trace n’en reste dans ce monde.
Prenez, avec un sourire, ce qui est facile et simple et près de vous.
Aujourd’hui, c’est la fête des fantômes qui ne savent pas l’heure de leur mort.
Que votre rire ne soit qu’une gaieté irraisonnée comme les scintillements de la lumière sur les rides de l’eau.
Laissez votre vie danser avec légèreté sur les bords du Temps, comme la rosée à la pointe de la feuille.
Tirez, des cordes de la harpe, des sons qui soient des rythmes passagers.