En traversant le salon, Paul Richard mit le pied sur la traîne de la robe de soie verte.
—Grand maladroit, fais donc attention! murmura le baron de Caumont, puis il le présenta à sa fiancée.
—Mademoiselle Mary, permettez-moi de vous nommer ce coupable. C'est un assez mauvais carabin que je protège parce que son père fut jadis mon garde-chasse, du temps où je possédais des bois. Votre oncle en tirera le parti qu'il pourra. Voyons, tiens toi mieux que ça, Paul. As-tu fini de regarder tes pieds? Ce n'est pas la peine quand on les met sur la jupe des dames: Monsieur Paul Richard.
Le jeune homme salua gauchement; une vive rougeur envahissait sa peau de blond, toute tendre encore sur le cou et dans les cheveux taillés en brosse; il avait un œil gris foncé, large ouvert comme par une stupeur perpétuelle, une jolie bouche meublée de dents très saines, le menton d'un homme entêté. Des mains qu'on devinait calleuses malgré le gant blanc, la carrure d'un ouvrier.
—Mademoiselle! excusez-moi, dit-il, comme s'il allait pleurer.
Il aurait préféré recevoir une gifle que d'être présenté à cette femme dont la robe lui faisait peur.
—Mais, Monsieur, il n'y a pas de quoi vous désespérer, dit Mary avec une forte envie de rire.
Elle le trouvait drôle et surtout d'une tournure bête à plaisir. Elle s'éventa pour cacher ses lèvres. Alors, Paul Richard perdit contenance tout à fait; une rougeur plus intense lui grimpa au front, ses narines s'ouvrirent brusquement, un flot de sang inonda le devant de sa chemise et son gilet.
Félix de Talm pouffa, tandis que M. de Caumont lui mettait son mouchoir sous le nez.
—Oh! décidément, s'écria le baron très dégoûté, tu es un rustaud que je renonce à dégrossir, voilà l'émotion qui s'en mêle, et nous en avons pour une heure!