—Paul, j'ai besoin d'un être de mon âge pour lui causer, lui sourire, me blottir dans ses bras... Nous n'irons pas plus loin; veux tu?... Une idée que j'ai parce que mon mari est un maître et que je n'aime pas les gens sérieux. Nous ferons une école buissonnière de notre tendresse. Tu me diras tes peines, je te dirai mes joies. Nous nous presserons les mains nos têtes à côté l'une de l'autre. Je rêve de l'amour très impossible fait de mystères enfantins et que l'on n'ose pas mettre en action. Paul, je t'aime comme t'aimerait une petite sœur libertine!

—Moi je t'aime comme un amant qui te désire! rugit-il tout d'un coup en la broyant dans une étreinte insensée, car décidément elle se moquait de lui.

Mary se dégagea.

—Paul, dit-elle, me prenez-vous pour une fille du quartier latin?

Il éclata en sanglots. Mais qu'est-ce qu'elle voulait donc? Puisqu'elle se donnait comme une fille, fallait-il la respecter au risque d'être traité de sot?

—Madame, bégaya-t-il, vous m'avez demandé si votre mari était mon père; auriez-vous encore un doute?

—Non, répondit-elle avec un énigmatique sourire, je n'ai plus aucun doute à ce sujet, mon cher enfant.

Cette expression: mon enfant, exaspérait le pauvre étudiant. Et elle prononçait cette mauvaise parole si délicieusement que, malgré lui, il se sentait tout entier son bien.

—Mary, ajouta-t-il en s'essuyant les yeux et se mettant à genoux, amusez-vous de moi, je jure de ne pas me plaindre.

Elle lui saisit la tête à deux mains pour lui effleurer les lèvres et ils demeurèrent une grande heure ainsi étreints, ne parlant plus, ne s'inquiétant guère du chemin qu'ils faisaient; lui, se tordant sous les caresses perfides; elle, jouissant du spectacle de l'homme, enchaîné par sa science du baiser. Un moment elle eut un frisson de femme vaincue, ce fut une hésitation si courte qu'il ne s'en aperçut pas.