Ce fut le docteur Barbe qui installa Paul Richard dans une maison de la rue Champollion, loin des vengeances de son père. Le jeune homme, abruti, se laissait conduire, ne voulant plus penser. Allait-elle mourir? Ou allait-il se tuer? Il vécut là trois semaines enfermé avec des études que le vieillard lui imposait pour le forcer à l'oubli. Pas un mot, entre eux, ne se dit au sujet de Mary. Pourtant Paul remarqua que son maître ne portait pas encore le deuil.
Un soir, Mary arriva, sortant d'un bal, toute couverte de fleurs et de joyaux, elle monta ses six étages, répandant des odeurs vanillées le long de cet escalier fumeux. Elle frappa deux coups comme le docteur en avait l'habitude. Richard ouvrit. Il ne s'était pas déshabillé et travaillait.
Il recula, lâchant le livre qu'il lisait.
—Oh! ce n'est pas possible! bégaya-t-il, se rappelant seulement qu'elle avait été sa maîtresse quelques heures.
—Oui, c'est moi-même; t'imaginais-tu que je ne reviendrais jamais?
—De ta tombe? demanda t-il, les yeux égarés.
—Grand fou! répondit-elle, et, comme le soir des promesses, elle s'assit sur son lit après avoir enlevé l'abat-jour de sa lampe. Il vint lui toucher les épaules, ses fourrures glissèrent, découvrant sa chair merveilleuse, aux aspects de fruit fondant.
—Mon Dieu! soupira-t-il, la femme de ... de l'homme qui est mon père! Ah! le cauchemar affreux, la cuisante douleur, ... je t'aimais bien.
—Tu m'aimes toujours?
—Non! ce serait un crime si lâche, Mary!