Mary eut le bon goût de ne pas répondre.

La petite comtesse de Liol, qui avait rassuré l'époux en jurant que son amie était impeccable, fut témoin d'une scène bizarre. Elle était venue visiter le couple, un peu intriguée au fond par les allures de madame de Caumont, une femme ne soupant jamais et sortant de chez elle avant minuit, s'isolant, ayant l'aspect d'une religieuse qui traverserait un vilain monde. Lorsqu'on l'annonça dans le salon de Notre-Dame-des-Champs, Monsieur s'échappait derrière une portière, tandis que Madame, demeurée grave, rajustait sa coiffure. La fine Parisienne posa une question embarrassante:

—Je vous dérange?

—Non, chère amie, pas du tout, au contraire!

—Ce n'est guère poli pour ce pauvre baron, ce que vous dites là, riposta la comtesse, une charmante vicieuse, cherchant la plaie dans les ménages, non à cause de la morale, mais pour en profiter à des points de vue spéciaux.

—Vous êtes une heureuse créature! soupira-t-elle. Moi, depuis que je suis veuve, j'ai eu l'idée de prendre un amant, et si je n'en ai pas pris, c'est que je doute de tous ces messieurs!

Mary ne put s'empêcher de sourire.

—Vous n'avez pas douté de mon époux, jadis, m'a-t-on raconté!

Les deux femmes étaient assises en face l'une de l'autre. Elles se dévisagèrent. Il y avait une absolue indifférence dans le sourire railleur de la baronne. Madame de Liol se rapprocha d'elle.

—Vous ne l'aimez pas, méchante! dit-elle, vexée de ce qu'il lui avait appris ses anciennes fredaines.