Il faut se rendre compte de mon état. On n’existe point très normalement quand on habite une prison toute en longueur (telle un cierge maudit) et qu’on est obligé de penser sur place, ne sachant quoi devenir, tantôt trop près des étoiles, tantôt trop près des abîmes de la mer. C’était de penser toujours que cela me démontait la mécanique de l’intelligence. Jamais, non, jamais, je n’avais tant remué d’idées saugrenues. Un placard fermé dans ma maison ? Quel beau mystère ! Du haut en bas de la spirale, on comptait six placards pareils, tous aussi mystérieusement clos.
Maintenant, si je ne devais pas les ouvrir du côté de l’escalier, rien ne m’empêchait d’aller voir du côté du dehors ! Le phare était tout hérissé de crampons de fer, et pour peu qu’on possède des pieds habitués aux enfléchures, on se promène le long d’une muraille, facilement.
Je n’y allais point, ayant trouvé une meilleure occupation.
Je me fabriquai un jardin.
Oh ! pas un jardin ordinaire !
Une petite caisse de bois, très étroite, que je remplis de la terre pieusement rapportée de mon dernier voyage, et je semai quelques graines, j’enfouis un oignon de plante des îles qu’on m’avait donné, jadis, et qui pousserait pourvu qu’elle eût de l’eau en quantité suffisante.
J’exposai le jardin sur le hublot de ma chambre.
Tous les matins, je venais contempler mon jardin, l’œil anxieux, me figurant que des pointes vertes…
Ah ! bien, oui, les pointes vertes !
C’était l’océan qui dressait des pointes vertes, l’océan furieux et toujours soulevé comme un sein de femme enragée d’amour.