Souhaite, le Maleux, que je ne crève pas l’été…

— Pourquoi, l’ancien ?

— Parce que si je crevais une fin de quinzaine ça irait encore, mais un commencement… tu serais obligé de me garder… jusqu’à bouillie complète… N’y aurait qu’un moyen : m’arroser d’eau-de-vie !

Je n’ai jamais envisagé cette perspective.

Le vieux se décomposant au fond de son trou durant que, moi, je ferais flamber le phare, là-haut, de tous les feux de l’enfer, car notre devoir, vivant ou mort, est de brûler pour sauver les autres, de nous consumer sur place pour bien mériter de toutes les patries.

Un jour j’ai demandé (nos conversations se traînent des semaines à raison d’une syllabe par repas, laissant mûrir nos réflexions) comment le jeune gardien, mon prédécesseur, avait été tiré d’ici, les pieds en avant, bien entendu.

Le vieux a grogné, m’a tourné les talons sous prétexte de se chercher du rhum.

Il n’aime guère causer de… l’accident

Est-ce l’Ascension, est-ce l’Assomption ? Quelle fête se prépare !

Il fait de pâles brouillards, les lunes sont plus claires, et, de la mer, monte une odeur plus violente, une odeur sauvage que j’ai fini par démêler comme un chien sent l’approche d’un maître. C’est le rut de l’Océan, la grande marée meneuse de tempête. On ne peut pas dire qu’il fait chaud, parce que l’air est toujours cinglant, le vent hurleur, et les vagues bondissent à vous recouvrir d’une pluie salée, à vous transir jusqu’aux os quand on s’égare le long de l’esplanade, mais il fait trouble. L’eau bouillonne comme dans une chaudière, l’écume fuse par grands jets blancs, mousseux. On dirait des bouquets de marguerites.