Il nous arrivait des montagnes d’eau du bout de la Baleine, des vagues s’irritant, se cabrant sur le rocher, l’escaladaient, prenaient des proportions géantes et se couronnaient des flammes blanches de leur écume qui, les nuits d’orage, semblent éclairer.
Une jolie clarté, ma foi, celle du drap jeté sur le défunt quand il est entre ses quatre cierges.
Nous avions toutes les difficultés du monde à nous tenir debout.
Le vieux gronda et se mit à marcher sur ses mains pour plus de sûreté.
Il avait l’aspect d’un crabe énorme. Son dos bombait, ses jambes râclaient la pierre, et les pinces de ses doigts tâtaient les endroits glissants.
Moi, je longeais les crampons, gardant mon filin dans mes mâchoires serrées.
Nous étions des bêtes.
De surnaturelles bêtes, plus que des hommes : nous luttions contre le ciel, et moins que des esprits, car nous ne possédions plus la conscience de notre besogne.
Nous sortions de notre coquille pour flairer la mort et tâcher d’en garantir les autres. Mais nous n’avions pas d’orgueil. C’était bien fini de penser quoi que ce soit de noble, nous étions trop abrutis. Et nous rampions devant la mer qui crevait de rire à nos barbes.
On amena la grue d’arrimage. On pelota tous les fils, on serra les palans. Le vent s’attachait sur nous comme un aigle sur la laine d’un mouton. On recevait des soufflets si naturels qu’on avait envie de les rendre. Des serpents d’eau nous glissaient autour des jambes, des langues visqueuses et froides nous léchaient partout. Quand on eut fait la dernière toilette du phare, on songea un peu à ce qui se passait là-haut.