… Et voilà que je me relève. Je me trouve maintenant, à quinze mètres au-dessus des vagues. Je vois une figure de vieille femme qui s’avance vers moi, une horrible figure de vieille femme aux paupières rouges. Qu’est-ce que c’est que cette vieille-là ? Je n’ai connu ni ma grand-mère ni ma mère. Suis-je mort déjà, pour que des revenants m’apparaissent ? Je reglisse. Je touche l’eau, j’ai froid jusqu’à la poitrine. Je surnage piteusement suspendu, à la trempette, comme un petit garçon. Je suis ahuri, abruti, désespéré ; je vendrais mon âme au diable pour ne plus me voir dans cette eau qui me fouette cruellement le derrière. Le tapage des flots déchaînés autour du monstre augmente. Il me semble que je meurs avec beaucoup de peuple, comme on crèvera au dernier jour du monde où tous les anciens morts feront éclater leur cercueil. Je renverse la tête pour apercevoir encore le ciel, mais il n’y a plus de ciel, il y a le monstre, le phare qui grandit, grossit et se dresse presque sur mon ventre. Je crois que je le porte et qu’il m’écrase, ce phare formidable tout nu, sa croupe verte luisant hors des flots blancs d’écume. Il ouvre la gueule… rien qu’une gueule, sans aucun trou d’yeux. Il est aveugle, mais il m’avalera tout de même. Tant pis pour la gloriole. Je me mets à crier, car mes mains saignent de me cramponner à cette corde. C’est pour de bon que je vais lâcher…
La vieille femme sauvage m’apparaît de nouveau. Elle se penche et elle me tend les bras en ailes d’oiseau déplumé.
— Ho ! Hisse ! Hisse en haut ! Ho !…
On dirait que cette sirène chante son chant de perdition dans l’intérieur de la tour.
Moi je tombe droit au milieu de sa gueule noire.
Je suis arrivé.
Je suis mangé !
Seulement, j’ai plus ma connaissance. Je m’affale comme un paquet de linge.
Et je vois encore cette infernale figure de vieille.
— C’est la camarde, nom de Dieu ! C’est la camarde !…