Ils paperassaient, ils paperassaient, je tournais mon béret, je tournais mon béret… ça pouvait durer longtemps, lorsque le gros court, le plus galonné, le patron du bureau, me dit :

— C’est vous, Jean Maleux ?

— J’en ai l’avantage, que je répondis très poliment, car je pensais bien qu’il ne fallait point parler tout à trac en cette cambuse.

— Nous vous avons choisi, mon garçon, sur les dix concurrents, et j’espère que nous n’aurons pas à nous repentir de notre choix. Vous êtes nommé pour Ar-Men.

Ah ! c’était pour Ar-Men. Je respirais comme si on m’avait ôté un poids de soixante kilos de dessus l’estomac. Je ne savais pas ce qui m’attendait. J’étais joyeux de l’affaire à m’en mettre à giguer devant eux. Fini des ballottements et des apprentissages. On était casé, son maître dans une propriété de l’État, un endroit respectable où qu’on serait tranquille.

— Vous n’avez pas trente ans, que dit le petit sec, et c’est jeune.

Il se caressait la barbe, regardait toujours ses ongles. Il avait l’air de se chercher des poux qu’il voulait tuer.

— On vieillira, que je lui répondis en rigolant.

— On vieillit même très vite à Ar-Men, fit le patron galonné, qui ne riait pas, peut-être parce qu’il savait ce qu’il disait. Seulement, nous vous prenons à cause de l’autre, là-bas, qui décline. Malgré son expérience, il a besoin d’un luron pour le renforcer. On ravitaille à Ar-Men. Est-ce que vous savez cela, mon brave ?

Moi, je ne savais rien, sinon que j’étais content.