Je dégageai un peu les cheveux, je les écartai de cette peau presque transparente, imitant le parchemin, et…

Un fracas épouvantable retentit. Le phare trembla de la base au sommet. J’entendis le vieux qui gueulait mon nom, là-haut.

— La cage qui se brise, que je m’écriai, nous sommes foutus.

J’envoyai la casquette n’importe où, et je m’élançai dans la spirale.

La cage n’était pas brisée, mais à moitié ouverte vers le nord. Une trombe d’eau, la dernière gifle du vent, ou, peut-être, un oiseau-caillou, fendant le cristal, avait démoli un régulateur, les lampes s’éteignaient, charbonnant et puant comme des torches, une fumée âcre, plus noire encore que la nuit, nous asphyxiait, se rabattant sur le chemin de ronde, nous empêchant de voir nos propres mains.

— Tiens bon ça ! dit le patron qui, à lui tout seul, un bras passé dans le vitrage brisé, se tailladant les chairs, supportait le poids de la machinerie.

Je pris sa place pendant qu’il essayait de rallumer les mèches en les aspergeant de pétrole enflammé. L’incendie n’était pas à craindre à cette hauteur, et d’ailleurs nous avions l’ordre de mettre le feu partout plutôt que de nous laisser éteindre.

— Hardi ! Là… Hisse ! Tiens bon le bout ! Tiens bon tout !… hurlait le patron dans la grande clameur du vent.

Il fallut trois heures pour arranger ce mécanisme.

Les mèches s’éteignaient malgré nos jets de pétrole, et les embruns passaient dessus comme des lambeaux d’étoile mouillée, bouchant la lumière et nous bouchant les yeux. Des oiseaux (il me sembla bien que des ailes me frôlaient) tourbillonnaient au milieu de la fumée, augmentant son épaisseur, nous fouettant de leurs plumes hérissées. Moi, je ne tenais guère ce que je tenais. On me le tirait du haut du ciel, et plus je jurais pour faire lâcher les démons de l’air, plus il en venait au secours de leurs camarades.