Et à mon tour, je me suspendis au palan pour m’envoler jusqu’au Saint-Christophe, où je trouvai des bougres pleins de cordialité.

Je pouvais dire que depuis six mois je n’avais pas vu de personnes humaines.

J’en pleurais de joie.

Ce qui fit sourire l’officier.

VII

Je faisais la noce. Oui, parlons-en ! Une jolie corvée ! Courant d’un bureau à l’autre, harponné par celui-ci, tiraillé par celui-là… et le troisième qui me demandait tous les détails du naufrage… comme si je savais quelque chose, moi !

Ce que je savais, j’avais bien résolu de ne pas le leur dire.

Brest ne causait plus que de cette perte du Dermond-Nestle. On se lamentait ferme, car, en effet, il s’agissait d’une grosse perte.

Quand j’eus fini mes rapports, signé les paperasses et bien discuté sur tout ce que je n’avais pas vu, il me restait vingt-quatre heures pour m’amuser. Vingt-quatre heures en six mois !

Quelle noce ! Nous bûmes une bouteille avec un ancien compagnon de route retrouvé par hasard dans un cabaret du bas port, du côté de l’arsenal, et nous nous attristâmes mutuellement du récit de nos misères. De l’argent sonnait pourtant au fond de mon gousset. Quelques solides pièces blanches. Je lui racontais des histoires où j’essayais de mettre un peu de ma dignité de nouveau gardien de phare.