— Non… c’est-à-dire… je crois que oui, Mademoiselle.
Et je me mis à sourire un peu.
On causa, de loin en loin, du temps si minable et des bourrasques de l’avenir. Je conservais la terreur folle des questions sur le grand naufrage. Elle ne me questionna point. Peut-être ignorait-elle cette catastrophe. J’appris que le phare du Minou était très visité par les gens de la ville et même des étrangers.
Petit à petit, je m’entraînais à la suivre, car elle parlait fort vite, d’une voix brève, contrairement aux filles de Brest, qui chantonnent d’accent. Quand elle s’arrêtait, ses doigts festonnaient son fichu, manière timide qui ne cadrait guère avec son ton décidé.
Plus à mon aise, je finis par lui demander si on pourrait me donner à dîner chez elle.
Elle devint très sérieuse :
— Ça dépend si vous êtes difficile… nous avons des pommes au lard, un reste de bouillie frite. On ajoutera la soupe au lait ou une omelette.
— Alors, je veux bien, il pleut tellement… Oh ! n’importe quoi, vous savez, Mademoiselle.
Elle courut prévenir la tante.
Je les entendis se réjouir entre elles, et la vieille déclara :