— Oh ! et avec du sucre…

Ses yeux s’allumèrent :

— Ben oui, seulement pour le sucre.

En quatre morceaux elle eut sucé tout mon verre. Et elle m’entama des histoires extraordinaires de gamine, où je démêlai que sa tante la grondait souvent parce qu’elle couraillait les rues du bourg.

— On ne peut jamais sortir, chez nous. Le dimanche après la messe faut que je reste là, en plan, pour espérer des gens qui viennent point acheter.

Hélas ! Pauvre petite ! Il y a des gens qui viennent toujours… Seulement, elle était bien jeunette, mon Dieu ! Et j’entrais en paradis rien qu’à la regarder.

Elle ne pouvait pas savoir que je sortais d’un enfer ; sa petite figure tachée de son, sa bouche méchante, ses yeux de malice me chatouillaient le regard et me forçaient au courage. A la sentir si près de moi, j’étais comme fier, j’avais trouvé enfin du bonheur pour longtemps. Je ne pensais à rien de mal. Je ne pensais qu’à appuyer mes yeux sur ses yeux, ça me rendait la confiance.

Ils étaient beaux ses yeux noirs, un peu sournois, lorsqu’ils se détournaient pour chercher la vieille femme aux carreaux de vitre, et si curieux, si pleins d’un vice innocent quand ils se laissaient faire par les miens.

La pluie tombait, le jour aussi. Une odeur de lilas se répandait, une pauvre petite odeur de pommade sur la tête d’une servante.

— Dites donc. Mademoiselle Marie, vous n’avez pas d’amoureux ?