— Moi non plus, fichtre, et je choisis… le lapin.

— Ah, çà, Monsieur ! Où avez-vous l’esprit ?

— Dame, je me ferai tuer en mangeant vos choux, pardon, vos cerises, mais je ne serai pas votre complice. C’est beaucoup plus pratique.

— Vous êtes un fou. De quelle complicité peut-il être question ?

— Je suis un sage. Comme il faut en finir avec la société, je préfère le coup de fusil. Bonsoir ! Mes hommages à votre fille. C’est une jolie personne qui ment déjà fort bien, dirait Hamlet.

L’épouvantail se leva, s’étira, satisfait d’avoir bu et mangé, gagna la porte.

Un étranger, peut-être, ignorant les lois et les coutumes françaises ! Il avait bien reçu une certaine éducation, on le sentait à ses tournures de phrases, mais on ne pouvait le classer dans aucune catégorie de pauvres diables. Ses vêtements couleur de suie l’habillaient d’une nuée d’orage à la fois boueuse et menaçante. Il était hardi de regard et vieux de bouche. Sa voix, aux intonations dures, sonnait, paraissait sortir d’un gosier de métal. Tous ses gestes avaient la souple précision des mouvements d’une bête dangereuse.

— Réfléchissez, mon garçon, dit le père de Marguerite humilié par l’orgueil incompréhensible de ce voleur. Vous avez, décidément, un air qui ne me plaît pas.

L’épouvantail s’arrêta et sortit un objet de sa poche, un objet brillant. Davenel, songeant à la possibilité d’un revolver, se glissa derrière lui, la main haute. Il s’aperçut qu’il tenait un petit miroir.

— Il est fou ! Cela crève les yeux, pensa Davenel respirant.