— Épousez-moi les mains ! répétait-elle d’un ton de petite fille qui veut manger du charbon ou de la farine.

C’était peut-être la revanche d’une mauvaise plaisanterie qu’il lui avait glissée un soir en lui disant que l’idée ne lui viendrait pas de demander une main.

Et alors, docilement quoique à regret, il prenait ses mains, les unissait aux siennes par les paumes, enlaçait un à un ses doigts blancs qu’il faisait craquer et la forçait à plier un peu sur les jarrets, comme on tient en respect une jument récalcitrante rien qu’en lui saisissant les naseaux entre le pouce et l’index.

— Ça t’amuse ?

— J’adore ça… il me semble que je vais mourir ou devenir folle !

— Aucun danger ! Tu vas entendre ton père siffler dans la cour, tu bondiras vers ton miroir et tu réorganiseras le bouffant de tes cheveux !

C’était d’ailleurs exact, elle arrangeait sa coiffure, poudrait légèrement la rougeur de ses joues et frappait sur un timbre pour appeler la cuisinière. Lui disparaissait une seconde derrière la portière du cabinet de toilette.

— Élisa, qu’est-ce qu’il y a pour déjeuner ?

— Des œufs à la crème et du jambon. Mademoiselle désire-t-elle que j’ajoute du poulet froid mayonnaise ?

— Oui, n’oubliez pas les marrons fourrés. Il doit en rester d’hier soir.