— C’est bien elle. Je ne dors pas. Je ne suis pas fou. Elle est revenue !…

— Flora (dit-il après un silence farouche), mon ami Marcus est le plus vil des entremetteurs, voilà tout ce que je peux te répondre.

Alors, on vit une chose étrange. Flora se replia sur elle-même comme une couleuvre qui s’efface dans les herbes après s’être balancée toute droite, et elle passa la petite barrière des buissons à genoux.

Le manteau gris, à capuchon, un cache-poussière de soie un peu déteinte qui la couvrait, se prit dans les ronces et se déchira, elle émergea de son enveloppe terne vêtue d’une robe de peluche rose, atroce et jolie, si vieille qu’elle avait le reflet d’un tas de fleurs fanées, car elle était de cent roses différents, depuis le rose jaune jusqu’au rose pourpre. Sur les hanches et aux creux des aines, l’étoffe lui formait des plis horribles, des plis de peau. Le capuchon se renversa et la tête apparut, casquée de cheveux roux, fardée, coupée de rides précoces, mais illuminée de deux yeux verts et or tout à fait splendides. Pour adoucir les feux de pierreries de ce regard, les cils noirs tombaient, en frange espagnole, longs et brillants, comme déjà scintillants de larmes.

Fulbert saisit la jeune femme agenouillée devant lui aux épaules et la courba sous son poids.

— Je te hais ! Je te hais ! Que viens-tu faire ici, lâche créature, espèce de chienne battue ? Et combien d’hommes t’ont passé sur le ventre, hein, depuis notre dernière nuit ! Dis ! Combien d’hommes ?

Elle souriait, semblant trouver cette réception toute naturelle.

— Autant que de nuages au ciel… qui sera bleu demain, mon Ful !

— Va-t’en. Je ne veux ni te voir ni t’écouter.

— Laisse-moi entrer chez toi d’abord, Ful, soupira-t-elle, je t’expliquerai tout. Je suis brisée. C’est une longue course que celle que j’ai dû faire et je ne suis pas bien solide. Laisse-moi entrer un petit moment chez toi pour me reposer ; après, je m’en irai. Je suis si contente que la tête me tourne.