—Mademoiselle, dit-il assez haut pour être entendu du groupe principal d'invités, je vous présente M. Martin Durand, architecte, à qui la capitale doit quelques beaux monuments de plus, et M. Jacques Silvert.
Il résulta de cette présentation brève qu'on ne s'occupa point du personnage à monuments, puisque, tout de suite, on sut ce dont il était capable. On braqua plus volontiers le monocle sur celui qui ne portait qu'un nom ignoré. Jacques demeura immobile, les yeux dans les yeux de Raoule, qu'il n'avait pas revue depuis la nuit sinistre.
Il eut un frisson d'homme réveillé en sursaut.
Sa chair vibra, il redevint le corps dompté de cet esprit infernal qui lui apparaissait là, vêtu d'une armure d'or comme d'une égide emblématique.
Il se rappela tout à coup que devant elle il était complet, que lui redevenait sa joie comme elle était sa souffrance. Son ivresse des premiers pas s'évanouit pour faire place à l'amour servile de la bête reconnaissante. Les plaies se fermèrent au souvenir des caresses. Une expression à la fois heureuse et résignée fit épanouir sa belle bouche. Sans songer qu'on s'occupait de lui, Jacques murmura:
—Mon Dieu, pourquoi m'avez-vous fait venir ici, moi qui ne suis rien et que vous ne trouvez même plus digne du martyre?
Une vague rougeur monta aux tempes de Raoule; elle répondit balbutiant:
—Mais, monsieur, il faut croire qu'en admirant vos œuvres, ma tante a conclu que vous étiez beaucoup...
—Je vous remercie, madame, ajouta Jacques se tournant vers la chanoinesse, stupéfaite de le voir aussi élégant sous son habit de bal; je vous remercie, mais je regrette que vous soyez meilleure que Mlle Raoule!
—C'est fort naturel! bégaya la sainte, à cent lieues de ce qu'il voulait dire et habituée par son monde à répondre sans entendre.