—Ma tante, dit alors l'indomptable fille des Vénérande, la honte serait peut-être de ne pas l'épouser!
—Explique-toi! gémit Mme Élisabeth, désespérée.
—Par respect pour vous, ma tante, ne m'y forcez pas, vous avez aimé trop saintement pour...
—Je représente ta mère, Raoule..... interrompit dignement la chanoinesse, j'ai le devoir de tout entendre.
—Eh bien, je suis sa maîtresse! répondit Raoule avec un calme effrayant.
Sa tante devint pâle comme les draps immaculés qui l'enveloppaient. Elle eut, au fond de ses prunelles indécises, le seul éclair qui devait y briller durant sa pieuse existence, et dit d'un ton sourd:
—Que la volonté de Dieu soit faite... Mésalliez-vous, ma nièce. Il me reste encore assez de larmes pour effacer votre crime... J'entrerai au couvent le lendemain de votre mariage!...
Et, à partir de ce matin froid durant lequel un feu d'enfer avait brûlé dans la cheminée de la chanoinesse, mortifiée pourtant jusqu'aux moelles, Raoule avait agi à sa guise. On avait présenté le fiancé à la famille et aux intimes; puis, sans qu'une objection s'élevât contre ce fantastique caprice, chacun s'était incliné cérémonieusement devant Jacques. Le marquis de Sauvarès l'avait déclaré «pas mal». René, le cousin «amusant, excessivement amusant»! La duchesse d'Armonville avait lancé un petit rire énigmatique et, somme toute, puisque par le fait d'un oncle éloigné, mort à propos, le barbouilleur superbe possédait une fortune de trois cent mille francs, il devenait un peu moins ridicule.
Cette fortune, Raoule l'avait donnée, de la main à la main, à l'homme de son choix.
Les gens de l'hôtel, eux, disaient, aux offices: c'est un enfant trouvé.