Il trouva le coupé tout attelé près du perron, monta d'une allure machinale et se rendit aux adresses indiquées.
Martin Durand accepta sans contestation de lui servir de témoin dans une affaire inconnue. Mais le cousin René, devinant qu'il s'agissait d'une escapade de Raoule, ne trouva pas amusant d'avoir à soutenir l'honneur de Jacques Silvert. Il ne céda que quand il sut qu'il n'y avait qu'une querelle d'escrime en jeu.
Alors, comme Jacques avait épousé une de Vénérande et, de ce chef, faisait partie de leur noblesse, par esprit de corps, le cousin rejoignit Martin Durand.
Les deux témoins, ne sachant pas le moins du monde à quoi s'en tenir, n'échangèrent que de rares paroles. Jacques Silvert, lui, se renversa dans le coin le mieux rembourré de sa voiture et s'endormit.
—Alexandre! fit René, montrant le mari de Raoule en ricanant.
—Parbleu, riposta Martin Durand, il se bat pour la galerie. De Raittolbe a probablement à lui faire essayer une nouvelle botte. Est-il assez complaisant, ce mari!
René eut un geste de hauteur qui arrêta net la diatribe malencontreuse de l'architecte.
Après une heure un quart du trot relevé de son pur sang, Jacques, réveillé par ses témoins, sauta à terre sur la lisière du bois. Ils furent quelques instants à trouver l'adversaire. Tout était singulier dans ce duel, et le lieu du rendez-vous n'était pas plus défini que son réel motif.
Enfin, de Raittolbe apparut, amenant avec lui deux anciens officiers. Jacques savait qu'on salue son adversaire, il le salua.
—Très crâne, de plus en plus crâne! affirma René.