Raoule, lisant, avait pâli.

—Mon Dieu! murmura-t-elle, il veut de l'argent; je suis tombée dans la boue!

—Faites entrer cette pauvre créature, reprit-elle d'un ton dégagé, je tiens à lui donner tout de suite ce qu'elle désire.

—Et à me refuser l'explication que je demande? grommela l'officier hors de lui.

Tranquillement, Raoule l'enferma dans la serre et revint s'asseoir, pâle comme une morte. Son front se baissa, elle incrusta ses ongles longs dans le papier couvert d'encre bleue.

—De l'argent! oh! non, je ne succomberai pas! Je lui enverrai ce qu'il veut, sans aller le tuer!... Est-ce sa faute? Est-ce que l'homme du peuple, parce qu'il sera beau, devra aussi ne pas être abject? Allons! ce calice a bien fait de s'offrir: je ne le repousse pas... au contraire, je vais y puiser une nouvelle vie.

La toux gutturale de Marie Silvert lui fit redresser la tête. Raoule se mit debout, tout à coup, menaçante et plus hautaine qu'une déesse parlant dans l'empyrée.

—Combien? dit-elle, en déployant derrière elle l'immense traîne de sa robe de velours.

Marie acheva sa quinte... elle ne s'attendait pas à ce mot-là tout de suite... Diable! ça se gâtait... on aurait pu commencer plus en douceur, par le sentiment, les questions tendres... Un caprice, ça se mijote comme un ragoût, et on ajoute le poivre à la dernière heure.

—Vous savez? le petit s'ennuie, déclara-t-elle avec un sourire plein de sous-entendus malpropres.