Jacques, recevant ce bouquet, devint très rouge, puis il disposa gravement les fleurs dans les potiches de l'atelier, se jouant la comédie vis-à-vis de lui-même, se prenant à être une femme pour le plaisir de l'art.
Au début de leur liaison, il se serait senti grotesque. Il serait descendu et, sous prétexte de respirer un air plus pur, il serait allé boire un bock au cabaret voisin, en compagnie de petits commis ou d'ouvriers cascadeurs.
Raoule s'aperçut tout de suite de la transition qu'elle avait amenée dans ce caractère mou, en voyant la distribution de son bouquet, et, chaque matin, son valet de pied fut chargé de déposer chez le concierge de Jacques des fleurs blanches, immaculées.
Pourquoi blanches, pourquoi immaculées?
C'est ce que Jacques ne demandait pas.
Un jour, on était à la fin de mai, Raoule commanda un landau couvert et elle alla chercher Jacques pour l'heure du Bois.
Il fut joyeux comme un écolier en vacances, mais il profita très discrètement de cette faveur bizarre. Il resta couché au fond de la voiture, tout près d'elle, la tête abandonnée sur son épaule, répétant de ces bêtises adorables qui rendaient sa beauté plus provocante encore.
Raoule, de l'index, lui indiquait, à travers la glace relevée, les principaux personnages passant près d'eux. Elle lui expliquait les termes de high-life qu'elle employait et le mettait au courant d'une société dont l'accès lui paraissait défendu, à lui, pauvre monstre sans conscience.
—Ah! disait-il souvent, se serrant contre elle avec effroi, tu te marieras, un jour, et tu me quitteras! Ce qui donnait à son type si frais, si blond, la grâce attendrissante du tendron séduit, en revoyant la possibilité de l'oubli.
—Non, je ne me marierai pas! affirmait Raoule. Non, je ne vous quitterai point, Jaja, et, si vous êtes sage, vous serez toujours mienne!...