Il s'habitua au déguisement nocturne, ne pensant pas qu'une robe fût indispensable à Raoule de Vénérande.

Ayant une idée fort vague de la haute, selon l'expression si souvent répétée de sa sœur, il ne songeait pas du tout aux efforts d'imagination que Raoule devait faire pour sortir de la cour d'honneur de son hôtel sans qu'on la remarquât.

Tante Élisabeth dormait dès huit heures les soirs où il n'y avait pas de réception, mais après le thé du samedi tous les domestiques allaient et venaient du vestibule au salon. De sorte que Raoule, pour fuir sa chambre par l'escalier de service, devait prendre les plus minutieuses précautions. Cependant, une fois, on venait à peine d'éteindre le grand lustre du salon, Raoule descendant rencontra un homme allumant son cigare. Rétrograder c'était perdre l'occasion, et sortir était risquer de se trahir... Elle continua, passa près de l'homme, qui toucha le bord de son chapeau, non sans l'examiner attentivement.

—Deux mots, monsieur, murmura l'attardé en lui touchant l'épaule. Pourriez-vous me donner du feu?

Raoule avait reconnu de Raittolbe.

—Tiens, fit-elle accentuant sa mine hautaine, vous voyagez du côté des femmes de chambre, mon cher?

—Et vous? riposta l'ex-officier très piqué.

—Cela ne vous regarde pas, je suppose.

—Si, monsieur, car de ce côté on peut aussi gagner les appartements d'une femme que je respecte infiniment. Mlle de Vénérande a sa chambre au-dessus de nous, je crois. Je vous fournirai donc des explications en attendant les vôtres. Le minois de Mlle Jeanne m'a conduit ici. C'est très bête, mais très vrai... A votre tour?

—Impertinent, fit Raoule, étouffant son envie de rire.