ARIE Silvert, pour voir et entendre ce qui se passait chez son frère, avait pratiqué un trou dans le mur de sa chambre attenante à l'atelier.

La mouche de feu que Jacques voyait scintiller dans l'obscurité était ce trou, qu'illuminait une lampe.

De Raittolbe trouva la fille couchée, buvant une tasse de rhum, qu'elle venait de faire chauffer sur un petit appareil flambant encore auprès du lit.

Cette chambre ne ressemblait en rien au reste de l'appartement meublé par les soins de Raoule de Vénérande. Sur un papier rayé, quelque peu moisi, se détachait une armoire à glace, très lourde, en acajou ardent; le lit, sans rideaux, était du même acajou, mais moins foncé; quatre chaises, recouvertes de percale cerise, prenaient des poses effarées autour d'une table de bois blanc, çà et là, noircie par les fonds de poêle; à gauche de la porte, sur le fourneau, où pêle-mêle s'étalait la vaisselle, certain chapeau, rehaussé de plumes, trempait l'une de ses brides dans la soupière pleine de beurre fondu.

Marie Silvert, le sang aux pommettes, humait son rhum en faisant clapper sa langue; tout en le dégustant, elle couvait de son œil attendri un veston orné du ruban rouge, jeté sur la plus proche des quatre chaises.

—Quel imbécile je suis! mâchonna de Raittolbe, les bras croisés debout devant cette couche que, mentalement, il ne pouvait s'empêcher de comparer à celle de Jacques.

—Toi, mon gros, un imbécile! fit Marie scandalisée.

—Mordieu! reprit l'ex-officier, je viens de me conduire comme un brutal et non comme un justicier.

—Qu'as-tu fait? interrogea la fille, lâchant sa tasse.