XX

La voici. Elle fait une entrée un peu tragique dans un kimono de satin noir avec la mine de la dompteuse pénétrant jusqu’aux lions. Elle est allée d’abord se déshabiller, ôter son deuil de convention pour se costumer en… alibi mondain, aidée par Francine, une Francine pleine de petites attentions respectueuses, puis elle nous arrive, comme un verre d’eau glacée au milieu de cette chaleur étouffante, toute fraîche de ses ablutions, bien fardée, bien coiffée ou mieux décoiffée, toujours souriant de son sourire qui est quelquefois d’une inquiétante naïveté.

— Encore ce chien-là ? dit-elle. Vous savez, Montarès, il a des puces. Vous ne pouvez donc pas vous séparer de lui ? Quel attachement ! Cela m’étonne de vous.

— Je l’aime beaucoup, en effet, malgré les puces. Et il y a, surtout, qu’il m’aime aussi.

— Vous tenez à l’amour d’une bête, vous, Alain, qui ne comprenez rien à l’amour, en général ?

— Je tiens à ne pas perdre le bénéfice de ma particulière animalité. Ce chien m’obéit sans cesser d’être une créature fort intelligente : il me comprend, nous nous comprenons.

Elle s’assied, s’évente de son mouchoir. Sirloup vient lui lécher humblement les pieds. Il s’est pris d’une singulière tendresse pour ces petits museaux de velours qui font la navette, s’agitent sous les franges de la tunique.

— Laisse-moi tranquille, Sirloup. Tu as des puces. J’en ai trouvé une ce matin, au bain, et c’est une chose que je n’ai pas envie de rapporter chez moi.

Assis près d’elle, je baise ses mains, je remonte lentement jusqu’à la saignée du bras.

— Non, ne dérangez rien, je vous en prie. Je m’en vais demain. Vous le savez, cher Maître, nous n’avons plus que le temps d’être raisonnable, de travailler pour la dernière séance. Il fait tellement clair, ici ! Vous n’avez pas honte ! Mais, il me semble que quelqu’un me regarde du haut de ce plafond de verre.