Liaison.—Dans quelques occasions, comme lorsqu’il s’agit de locutions toutes faites, et devenues pour ainsi dire proverbiales, comme: du blanc au noir, franc étourdi, porc-épic, on prononce: du blan-kau-noir, fran-kétourdi, por-képic.

Bescherelle dit qu’il faut prononcer: un commun-n-espoir, et non: un commu-n-espoir. C’est-à-dire que les adjectifs terminés par n se lient au substantif qu’ils qualifient, tout en conservant la nasalité.

Si un adjectif terminé par n se trouve immédiatement suivi du nom auquel il a rapport, et que ce nom commence par une voyelle ou une h muette, l’n perd le son nasal et se lie à la première syllabe du nom. Bon ouvrage, ancien ami, se prononcent bo-nouvrage, anciè-namie. Il en est de même pour un, mon, ton, son, s’ils ne sont séparés du nom que par d’autres adjectifs qui y ont rapport. Un excellent ouvrage, mon intime et fidèle ami se prononcent eun-nexcellent, mo-nintime. Hors de là, on conserve la nasalité, même quand le mot suivant commence par une voyelle ou par une h muette: Ce projet est vain et blâmable, ancien et respectable (vain-né, ancien-né).

On, avant le verbe dans les propositions positives, n’a pas le son nasal, et se lie à la syllabe suivante. On aime, on honorera se prononcent: on-naime, on-nonorera. Dans les phrases interrogatives, on étant après le verbe, ou du moins après l’auxiliaire, est purement nasal, malgré les voyelles suivantes: A-t-on eu soin? Est-on-ici pour longtemps? En aurait-on été assuré? (a-t-on-eu, est-on-ici, etc.).

Jamais les mots en an ne doivent se lier avec les voyelles qui les suivent. Ainsi, il faut prononcer sans liaison: un courtisan adroit; un ouragan affreux. Même règle pour les mots terminés en ein, comme dessein. On fait quelquefois exception pour le mot plein.

Sauf bien peu d’exceptions, que l’usage peut faire connaître, il n’y a point de liaison après les substantifs terminés en en, ein, in, ion, oin, ouin, on.

P final se prononce dans beaucoup et trop suivi d’une voyelle. Il a beaucoup étudié. Il est trop entêté. S’il n’est pas suivi d’une voyelle, on ne le fait pas sentir. Le p de coup se prononce aussi dans le discours soutenu lorsqu’il est suivi d’une voyelle. Coup inattendu. Coup extraordinaire.

Dans le discours soutenu, et surtout dans les vers, l’r finale des infinitifs en er peut très bien se lier avec la voyelle d’un mot suivant; il faut respecter et chérir la vertu; il voulait aller attaquer l’ennemi (respecté-r-et, allé-r-attaquer). Dans la conversation ces liaisons seraient affectées et ridicules.

Les adjectifs en er se lient à la voyelle du substantif suivant, même dans la conversation. Un premier amour, un dernier adieu, un léger effort (premié-ramour, dernié-radieu, légé-reffort). Mais les substantifs en er ne sont susceptibles d’aucune liaison avec le mot suivant. L’étranger est en fuite. Le meunier ajouta.... (l’étrangé-est, le meunié-ajouta). La même remarque s’applique à l’adjectif quand il n’est pas suivi d’un substantif. Au lacet meurtrier abandonner ses frères (meurtrié-abandonner).

Si, dans la lecture soutenue et à la tribune, on dit toujours: des amis attentifs (ami-zattentifs), on prononce fort bien dans la conversation: des ami-attentifs.