—De l'eau, je vous en prie! suppliait Aélis. Elle n'est qu'évanouie.
L'eau arriva, froide comme la glace d'où elle s'égouttait à peine. La Japonaise ouvrit ses yeux, les essuya, regarda les curieux massés autour d'elle et, cette fois, elle éclata en sanglots. Elle se serrait contre Aélis:
—Emmenez-moi... emmenez-moi, voulez-vous?... Je l'ai vu... Il m'a dit, comme l'an passé, à l'hôpital, pendant ma pleurésie: «Topsy, petite Topsy, où allez-vous? Que ferez-vous quand je ne serai plus là?...» Emmenez-moi.
Subitement, elle frappa deux fois, trois fois, quatre fois ses mains l'une contre l'autre, à la manière des shintoïstes, pour le réveil de la «longue nuit»:
—Ma! écoutez les gnômes! Chichi! koishi! haha! koishi!
Elle se voyait perdue maintenant dans cet antre sinistre où reviennent les enfants morts, Kyû-Kukedo-San, près d'Izumo, et où ils cherchent leurs mamans dans les ténèbres, sans jamais les retrouver. Chrétienne, bouddhiste, shintoïste, toutes les croyances se heurtaient dans sa petite cervelle, lorsqu'elle recommença son appel à Aélis:
—Emmenez-moi!
—Où?
—À Yoshiwa, numéro...
—Numéro 132, miss,—fit une voix par derrière;—il y a devant une lanterne chinoise avec des dragons. Mais ce n'est pas la place d'une lady.