«Mademoiselle d'Auray recevra monsieur
Tildenn demain, à dix heures.
»sœur saint joseph.»
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Le lendemain est arrivé: dix heures sonnent avec recueillement à l'horloge du parloir, qui, depuis un demi-siècle bientôt, répète ainsi: «Toujours... Jamais».—Et le roi du Klondike l'écoute comme écoutent ceux auxquels on va lire leur arrêt de mort. Son cœur fait trop de bruit dans sa poitrine, au milieu du silence de cette pièce lugubre. Viendra-t-elle? Ne viendra-t-elle pas?
Des pas de l'autre côté de la grille, une porte qui s'ouvre, une religieuse qui entre—avec elle; elle, Aélis!... Tom se lève, baisse la tête, veut parler, mais n'y réussit pas, et des larmes brûlantes, rapides, pressées, lui obscurcissent la vue, tombent à terre comme une pluie d'orage. Lui, un homme, il pleure, il gémit ainsi qu'un enfant. Aélis le regarde des mêmes yeux qui le virent un jour s'en aller à la Bête, quittant le comptoir où elle était assise et traversant la corbeille, à la Bourse de New-York. Pour le sauver alors, pouvait-elle sacrifier son honneur? Et maintenant, pouvait-elle...?
Elle se retourne vers la religieuse:
—Ma Mère, quoique je sois en retraite, voulez-vous nous laisser seuls? Pas plus de cinq minutes.
Mère Saint-Joseph s'en va...
Dix minutes après, elle revient, Aélis se lève:
—Adieu, Tom Tildenn... Allez à Lui: car, seul, il ne passe pas, et, seul, il sait ce qui nous convient le mieux. Chaque jour de ma retraite, je prierai pour vous, et, si vous le priez aussi de votre côté, il nous montrera notre voie à tous deux.
Ce disant, elle chancelle un peu: son ancienne maîtresse lui passe un bras autour de la taille, et doucement l'entraîne. Tildenn prend la grille à deux mains... Donc, c'était la fin, la fin de toute sa vie d'aventurier. C'était pour aboutir à cet adieu-là qu'il avait jeté aux quatre coins de l'Alaska plus d'énergie que d'habitude n'en possède un mortel!... Il ébranla de toute sa force la cloison à claire-voie; le bois commença à éclater: