Fini, c'était fini. Millionnaire à midi et mendiant à trois heures: drôle de situation... Plus un dollar, saisissez-vous?... Une lutte si dure, un tel effort de muscles, ainsi que jadis, à l'Université, pour le câble disputé pouce à pouce par deux équipes rivales. Et puis, quoi? Après? un coup de tonnerre et un krach: la panique, la défaite; ruiné et battu à plate couture, voilà tout... Est-ce qu'il avait encore des os dans le corps, une cervelle dans le crâne, ou bien de la gélatine partout?... et qui faisait si mal!... Qu'est-ce que ce tintamarre là-bas? L'elevated sonnant l'airain ou la Bourse tintant l'or? Irait-il en prendre un peu? Sans doute; mais il n'avait plus rien dans le corps, rien qu'un malaise indéfinissable, une envie de se dissoudre en quelque chose de mou qui ne sentirait plus, qui rentrerait sous terre... «Ah! Dieu, pourquoi me frapper ainsi?»
Ses nerfs le forcèrent à crier: une décharge électrique, bien sûr, ou une douleur fulgurante, l'ataxie... Non, ce n'était qu'une main de femme sur son épaule. Il se retourna, reçut en plein visage l'éclair de deux yeux violets tout près des larmes, baissa la tête et fit un effort pour se ressaisir. C'était Aélis.
—Monsieur Tildenn! Je vous ai cherché partout! Pourquoi vous êtes-vous sauvé si vite?... Est-ce si grave que cela? Vous me faites peur.
—Rien du tout, mademoiselle: c'est bête... un léger éblouissement... sans doute, votre soudaine apparition...
Il crut sourire, et la jeune fille eût plutôt voulu le voir pleurer. Elle lui prit les mains.
—Au nom du ciel! ce n'est pas le moment de plaisanter. Dites-moi où vous en êtes. On dit à la corbeille que vous avez perdu. Mais vous vous relèverez, n'est-ce pas?
—Oui, sans doute. Oui.
—Êtes... êtes-vous ruiné?
Tom éclata de rire, et Aélis se cacha le visage.
—Ruiné! mieux que ça; dix ruines, vingt ruines, de quoi travailler trois vies d'hommes avant de régler mon passif!