—C'est Cormack, qui a épousé une Indienne Tagish, une Siwash[3]!
—Oui, un menteur... comme toute sa tribu de meurt-de-faim!
—Pourtant, il a de l'or, et du plus gros que celui d'ici! Henry l'a pesé.
—Est-il Dieu possible? Il a dû le voler!
—Je vous dis qu'on en jamais vu de pareil.
—Riche! je suis riche, riche, riche! hurla de nouveau Cormack.
Il tremblait trop pour achever la bouteille, dont le goulot, manquant sa bouche laissait tomber le wisky dans son cou.
Cependant il continua à avancer tant bien que mal, en trébuchant à chaque pas. Et le vent qui, tous les soirs, dix mois sur douze, remonte le fleuve pour souffler le froid et la mort, le vent du pôle ramassa, emporta en un confus mélange les cris du millionnaire, les gémissements du mourant, les chants de la prostituée: tout le long du Yukon ce fut une clameur lointaine, un bruit d'échos de plus en plus faible,—hou! hou! hou-ou!—peut-être les génies du fleuve qui riaient de la découverte du Klondike.—Toujours accroupi, l'Indien écoutait et avait peur.
Un groupe maintenant suivait Cormack. Il fallait absolument lui faire dire où il avait déterré ses vingt dollars. Mais, au lieu de répondre, il buvait, ou plutôt, cherchait à boire, jusqu'à ce qu'il fût arrivé à la tanière où il roula ivre-mort. Fort désappointés, les curieux furent obligés de l'y laisser cuver les drogues d'Oppenheim. Et, haussant les épaules, ils s'en retournaient.
—Est-ce qu'il se figure, ce Siwash, qu'il va nous faire courir les marécages avec des contes de soûlard? C'est de l'or de quelque arrivant de Californie... Il se moque de nous!