Aussi, quand sous Louis XV il écrivit son colossal ouvrage sur les Armoiries, prérogatives et distinctions des grandes familles françaises, Saint-Marc de Laumon, sur vingt-cinq tomes, n'en consacra que vingt-trois à la noblesse, réservant l'avant-dernier à la plus marquante portion de la roture à privilèges et le dernier au restant. Puis l'auteur projeta d'établir une disparité au tirage en réservant aux tomes de la noblesse un luxueux papier bis refusé à ceux de la roture; mais, à la réflexion, il ne condamna finalement que le dernier seul au banal papier blanc, jugeant le pénultième digne encore d'un riche porte-texte. Dans les vingt-trois premiers volumes, aux meilleures maisons, dont les armoiries donnaient lieu aux reproductions les plus belles, fut réservé, comme plus avantageux et commode pour le regard, l'endroit des feuillets, qui, paginés d'un seul côté, exigeaient, pour la désignation de l'une ou l'autre de leurs deux faces, l'adjonction à leur numéro d'ordre d'un des mots recto et verso,—par lesquels s'établissait avec netteté pour les noms, ainsi classés utilement en deux catégories, une marque de prépondérance ou d'infériorité. Après une courte hésitation de Saint-Marc de Laumon, les deux tomes sur la roture, pour l'unité de l'ouvrage, reçurent une entière application de l'inhabituelle méthode, bien qu'étrangers à la cause première de son adoption,—cause purement esthétique basée sur la beauté plus ou moins grande promise aux images héraldiques; toutefois le vingt-quatrième garda sur le dernier son avantage complet, les noms occupant les rectos de celui-ci valant moins que ceux portés aux versos de celui-là. Vu leur importance et surtout leur insurpassable ancienneté d'inaugurateurs, ce fut page 1, recto, tome XXIV, en un paragraphe explicite, que figurèrent, avec le déterminant trait d'héroïsme de l'aïeul, les deux privilèges de la famille Cortier, dont le chef d'alors, flatté de la circonstance, acquit un exemplaire global de l'encombrant ouvrage, qui, accaparant à lui seul tout un rayon de bibliothèque, s'était depuis lors soigneusement transmis de père en fils jusqu'à François-Jules.
Celui-ci, très fier de son origine, si vieille et illustre, tenait à s'en servir comme correctif d'opprobre, en rendant nécessaire à la rencontre du pot aux roses un examen copieux du rehaussant paragraphe,—qu'il plaça sous ses yeux pour rédiger ainsi, sur feuille volante, une limpide formule, non sans souligner deux termes spécialement honorifiques:
«Prendre dans l'ouvrage de Saint-Marc de Laumon le tome bis de la roture et choisir au recto de la page 1, dans l'alinéa des Cortier, les lettres 17,—30,—43,—51,—74,—102,—120,—173,—219,—250,—303,—348,—360—et 412.»
Empruntées à bon escient aux mots les plus saillants du glorieux texte à remémorer, ces lettres, juxtaposées, constituaient cette courte sentence si clairement désignative: «Vedette en rubis»—qui, incitant à scruter obstinément le provocant nom rouge de l'affiche-bijou, déterminerait à coup sûr la découverte du ressort, suivie de près par celle de la cachette.
Exprès, François-Jules avait ordonné à l'orfèvre de situer, au cours de son travail, l'initial point de manœuvre dans le gros nom aux reflets pourpres, qui, prédominant et seul de sa couleur, était facile à indiquer laconiquement sans équivoque possible.
Mais, de la formule même, François-Jules voulait que la trouvaille atténuât son infamie, en faisant une réclame forcée à certain objet éminemment palliateur, qui n'était autre que le crâne sous globe dont le front aux marques bizarres et la toque légère lui rappelaient de manière si tragique les suprêmes agissements de sa fille Lydie.
Le fait, presque enfantin, d'avoir pieusement conservé cette relique ne trahissait-il pas en effet, à sa haute louange, un touchant amour paternel appelant la sympathie?
Examinant l'émouvant souvenir, il chercha un moyen de faire participer du même coup à la révélation de la formule l'étrange toque et le réseau frontal, qui, en tant que créés par Lydie, devaient plus que le reste, vu l'esprit du projet, être signalés à l'attention.
Bientôt, son idée fixe d'associer réseau et toque pour une tâche commune lui fit apercevoir une sorte de ressemblance entre les mailles gauchement gravées sur os et les runes parant le bord vertical du couvre-chef improvisé.
Inspiré par cette remarque, François-Jules, déplaçant le globe, approcha la tête de mort—puis, s'armant d'un couteau dont la pointe lui servit de burin et le tranchant de grattoir, se livra sur le rets grossier à un long travail transformateur, ajoutant ici, effaçant là, non sans utiliser le plus possible les traits anciens. Il parvint ainsi à camper sur le front du crâne, tout en la gardant française, la formule entière en caractères runiques, lisibles quoique penchés en tous sens, déformés et soudés. Chacun des deux mots soulignés dans le modèle, qu'il eut soin de brûler, fut habilement mis entre guillemets, et, vu l'inexistence du moindre chiffre runique, les numéros figurèrent en toutes lettres. La besogne achevée, il restait encore quelques mailles, qui simplement se passèrent d'emploi.