Le seul but de l'infortuné, ainsi qu'en témoignaient ses incohérents soliloques, était de reproduire la voix de sa fille telle que l'avaient révélée à son oreille attentive les efforts qu'aux derniers temps de sa vie elle faisait déjà pour parler. Avec une infinie variété de timbres et d'intonations, il créait toutes sortes d'organes dans des fragments de discours ou de mélodies, espérant trouver fortuitement, parmi tant d'éléments, une sonorité indicatrice apte à le mettre en bon chemin.

Là encore intervenait, en se combinant avec son idée fixe, le génie scientifique du personnage qu'il croyait être.

Comme entre temps il travaillait à sa layette, le métal rouillé de deux aiguilles dissemblables, ornant respectivement un fin manche de bois et une membrane vibrante, dut faire place à de l'or inaltérable.


Un soir, Lucius décrivit et réclama certain lourd bibelot ancien, associé dans sa pensée au baptême de son enfant.

Jadis, en Égypte, les prêtres coptes, pour officier, avaient, en guise d'aide-mémoire facile à retourner à un moment donné, un ais de sycomore qui, dressé sur le côté de l'autel, portait sur ses deux faces le texte de la messe gravé dans leur langue.

Pieusement considéré comme l'esprit du saint sacrifice parce qu'en puissance il en contenait le verbe, l'ais, après avoir servi, était glissé avec soin dans un fourreau de soie orné du mot «Mens» gracieusement brodé parmi différentes enjolivures.

Lucius avait donné à Florine, en souvenir du baptême de Gillette, un ais de ce genre, découvert, avec son fourreau intact, dans la montre d'un antiquaire.

Ais et fourreau furent remis au malade, qui souvent les mania, souriant à ces objets de prix, évocateurs d'un jour de fête consacré à sa fille.