Sac aux épaules comme un soldat, Noël surveillait, en l'appelant doucement «Mopsus», un coq alerte qui, marchant auprès de lui, portait sur le dos son bagage personnel dans une hotte exiguë, fixée par deux lanières embrassant respectivement son cou et ses plumes caudales. Les parois de l'objet, dont la carcasse, légèrement courbe, épousait le corps de l'oiseau, étaient finement faites en un filet très élastique, distendu par l'entassement de maints articles prisonniers, chargés çà et là de métalliques reflets de lune.

Noël mit le coq debout sur une légère table pliante, qu'à notre approche il venait d'installer sur le sol, puis, lui enlevant sa hotte, nous proposa des horoscopes.

Faustine s'avança et, questionnée par l'adolescent, dit l'année de sa naissance, en précisant le jour et l'heure.

Sortant le contenu de la hotte afin de le ranger sur la table, en nous prévenant que pour tous ses agissements il puiserait uniquement à cette réserve spéciale, Noël, consultant un petit livre d'éphémérides trouvé dans le tas, reconnut que la constellation d'Hercule avait présidé avec Saturne aux premiers souffles de la jeune femme.

Il tendit alors à Mopsus, qui la prit dans son bec, une longue tige d'acier unie et pointue.

Le coq, gagnant le milieu de la table, se coucha sur le dos, non sans froisser les plumes de son panache, puis saisit dans sa patte droite le fort bout de la tige, dont il dressa verticalement la pointe vers le ciel. Levant à chaque instant les yeux, Noël fit légèrement obliquer la petite lance, qu'il braqua juste sur Saturne, astre éclatant placé presque au zénith. Dès lors, mis par l'acier en communication magnétique avec la planète, l'oiseau devenait clairvoyant pour déchiffrer la destinée de Faustine.

Strictement immobile, Mopsus, repliant sa patte gauche, appuyait sur le milieu de son corps la tige inondée de rayons de lune et tenue fixement sans frissons. Avec une conviction manifeste, il s'imprégna longuement des effluves initiateurs émanant de l'astre visé.

Le coq se releva enfin, après avoir pincé de nouveau avec son bec la tige qu'il rangea dans la réserve d'objets.

Là il s'empara d'un chapelet et l'étendit devant Faustine, en lui désignant clairement un ave.

Apprenant de Noël que Mopsus l'incitait de la sorte à conjurer par une pieuse récitation quelque prochain malheur, Faustine, superstitieuse et visiblement troublée par les manœuvres de l'oiseau, prit l'ave dans ses doigts et murmura la prière prescrite.