Le réglage chronométrique de la soupape demandait une grande application. Certains souffles violents auraient pu emporter la hie pendant ses temps de repos, et un dégonflement partiel serait parfois nécessaire indépendamment des pérégrinations aériennes, dans le seul but d'alourdir l'ensemble en vue d'une stabilité plus résistante. Cette particularité aurait un contre-coup direct sur le travail de la lentille, obligée d'éblouir ensuite plus longuement l'amalgame jaune pour compenser les pertes d'hydrogène.
En bas, la tâche des deux rondelles consacrées à l'attirance puis au lâchage des dents était plus facile à mettre au point. En revanche, l'arrangement des trois chronomètres dédiés aux rallonges internes des griffes astreignit Canterel à d'effrayants calculs. Quant aux miroirs, leurs déplacements, parfaitement réguliers, ne viseraient qu'à suivre le soleil dans sa course; mécaniquement leur orientation générale changerait un peu chaque jour, à cause de la modification quotidienne apportée dans l'apparente course de l'astre radieux par l'inclinaison du plan de l'équateur sur celui de l'écliptique.
L'appareil devait invariablement rester stationnaire du coucher au lever du soleil—et ne jamais recevoir aucun attouchement, car les chronomètres seraient ordonnés d'avance jusqu'au dernier jour inclus. Les cadrans, laissés visibles à dessein, permettraient de savoir constamment si les mouvements, exempts de la plus minime perturbation, continuaient bien tous à donner la même et vraie heure.
Canterel termina ses apprêts au chant du coq et emplit alors l'aérostat d'une provision équilibrante et fondamentale d'hydrogène, obtenue routinièrement sans rien emprunter à la substance ocreuse. En tirant parti de tous les caprices possibles du vent, la hie achèverait sa mosaïque à la brune du dixième jour, reproduisant strictement, en plus grand, le modèle fait à l'huile, sauf quatre minces bandes extérieures qui manqueraient individuellement à chacun des côtés, sans porter par leur insignifiante absence, choisie à bon escient de préférence à toute autre, nul préjudice à l'ensemble du sujet. Forcément inemployées, les dents d'abord destinées à l'extrême bordure du tableau furent supprimées en tant que déchet, et le maître, qui avait annoncé publiquement ses projets, fit ouvrir les portes de son domaine, pour que des témoins pussent venir à toute heure assister aux légères promenades de l'instrument et contrôler le défaut absolu de tricherie. Une corde tendue sur des piquets bas forma autour du lieu captivant un obstacle polygonal, propre à maintenir les visiteurs à une distance suffisante pour éviter aux souffles d'air la moindre gêne appréciable. Enfin la demoiselle fut posée au-dessus d'une œillère isabelle, où elle attendit le moment d'utiliser motu proprio la première haleine favorable.
L'expérience, touchant presque à sa fin, durait maintenant depuis sept jours, et jusqu'ici l'ustensile ambulant, grâce à la merveilleuse adaptation de ses chronomètres, avait toujours transféré dents ou racines aux places voulues. Les trajets, parfois, se succédaient assez vite par suite de l'allure continuellement fantasque du vent; souvent aussi, la brise s'éternisant dans une direction constante, l'appareil attendait pendant des heures l'occasion de reprendre son vol. De temps à autre, des étrangers se présentaient par petits groupes, et, depuis que Canterel parlait, plusieurs personnes s'étaient discrètement approchées pour épier la prochaine ascension de l'aérostat.
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Comme le maître achevait sa conférence improvisée, un bruit sec, déjà connu de nous, attira notre attention vers les trois griffes supportant la demoiselle. Subissant la poussée de sa tige, actionnée par le mécanisme supplémentaire du chronomètre enchâssé dans le bas du poteau, la rondelle grise, descendant de nouveau, venait de se coller contre la bleue, sous laquelle adhérait maintenant, enlevée à l'instant par l'aimantation soudaine, la racine qui tout à l'heure avait servi de but à l'appareil.
La lentille pivota comme de coutume pour créer un supplément d'hydrogène—puis tourna une seconde fois pendant que la hie s'envolait, dérobant la racine.
Un souffle assez lent chassa la demoiselle vers la plume déployée sur le chapeau du reître; la soupape fonctionna juste à la seconde propice, et l'appareil, en se posant, lâcha par écartement des rondelles sa proie mince et légère, achevant ainsi une place rose pâle qui, subtilement dégradée, formait le bord de la plume, dont l'arête médiane était faite de racines écarlates. Les griffes ayant trouvé trois supports corallins de hauteur pareille, aucune des fines rallonges intérieures n'était sortie.
Presque aussitôt la lentille exécuta une nouvelle manœuvre génératrice de pouvoir ascensionnel—suivie d'un deuxième quart de tour; invariablement ses évolutions partielles avaient lieu dans le sens adopté pour les aiguilles de montre.