Le nouvel acompte indigo tomba juste où il fallait, et le ballon, promptement doué d'un supplément de force, poursuivit son trajet rectiligne jusqu'à une mâchelière noire, énorme et hideuse, autour de laquelle la demoiselle campa doucement ses griffes, toutes trois, depuis un instant, uniformément dépourvues d'aiguille visible.

Annonçant, d'après ses souvenirs, qu'une interminable attente serait nécessaire pour assister à la prochaine déambulation automatique, Canterel nous entraîna d'un pas lent vers une autre région de l'immense place.

CHAPITRE III

Comme point de direction le maître avait choisi une sorte de diamant géant qui, se dressant à l'extrémité de l'esplanade, avait déjà maintes fois attiré de loin nos regards par son éclat prodigieux.

Haut de deux mètres et large de trois, le monstrueux joyau, arrondi en forme d'ellipse, jetait sous les rayons du plein soleil des feux presque insoutenables qui le paraient d'éclairs dirigés en tous sens. Fixement soutenu par un rocher artificiel très peu élevé dans lequel s'encastrait sa base relativement minime, il était taillé à facettes comme une véritable pierre précieuse et semblait renfermer différents objets en mouvement. Peu à peu, en s'approchant de lui, on percevait une vague musique, merveilleuse comme effet, consistant en une série étrange de traits, d'arpèges ou de gammes montants et descendants.

En réalité, ainsi qu'on s'en rendait compte de tout près, le diamant n'était autre qu'un immense récipient rempli d'eau. Quelque élément exceptionnel entrait sans nul doute dans la composition de l'onde captive, car c'était d'elle et non des parois de verre que venait toute l'irradiation, qu'on sentait présente en chaque point de son épaisseur.

Les yeux appliqués contre l'une quelconque des facettes, on embrassait d'un seul regard circulaire tout l'intérieur du récipient.

Au milieu, une jeune femme gracieuse et fine, revêtue d'un maillot couleur chair, se tenait debout sur le fond et, complètement immergée, prenait maintes poses pleines de charme esthétique en balançant doucement la tête.

Un gai sourire aux lèvres, elle semblait respirer librement dans l'élément liquide l'enveloppant de toutes parts.

Entièrement éployée, sa chevelure, blonde et superbe, tendait à s'élever au-dessus d'elle, sans toutefois atteindre la surface. Au moindre mouvement, chaque cheveu, entouré d'une sorte de mince fourreau aqueux, vibrait sous le frottement des nappes fluides, et la corde ainsi formée engendrait, selon sa longueur, un son plus ou moins haut. Ce phénomène expliquait la séduisante musique entendue aux approches du diamant. L'habile jeune femme la produisait à dessein, réglant savamment ses crescendo ou diminuendo par le degré variable de force et de rapidité choisi pour les oscillations de son cou. Les gammes, traits ou arpèges, dans leurs ascensions et dégringolades mélodieuses, pouvaient s'égrener sur un champ d'au moins trois octaves. Souvent l'exécutante, se bornant à mollement accomplir de légers dandinements du crâne, restait confinée dans un registre fort restreint. Puis, se déhanchant pour imprimer à son buste un large et continuel mouvement de roulis, elle employait toutes les ressources de son curieux instrument, qui donnait alors son maximum d'étendue et de sonorité.