Le trône appartenait alors à une femme, la reine Duhl-Séroul, qui, à peine âgée de vingt ans, n'avait pas encore choisi d'époux.
Duhl-Séroul souffrait parfois de terribles crises d'aménorrhée, d'où résultait une congestion qui, atteignant le cerveau, provoquait des accès de folie furieuse.
Ces troubles causaient de graves préjudices aux naturels, vu le pouvoir absolu dont disposait la reine, prompte dès lors à distribuer des ordres insensés, en multipliant sans motif les condamnations capitales.
Une révolution eût pu éclater. Mais hors ces moments d'aberration c'était avec la plus sage bonté que Duhl-Séroul gouvernait son peuple, qui rarement avait goûté règne aussi fortuné. Au lieu de se lancer dans l'inconnu en renversant la souveraine, on supportait patiemment des maux passagers compensés par de longues périodes florissantes.
Parmi les médecins de la reine aucun jusqu'alors n'avait pu enrayer le mal.
Or à l'arrivée d'Ibn Batouta une crise plus forte que toutes les précédentes minait Duhl-Séroul. Sans cesse il fallait, sur un mot d'elle, exécuter de nombreux innocents et brûler des récoltes entières.
Sous le coup de la terreur et de la famine les habitants attendaient de jour en jour la fin de l'accès, qui, se prolongeant contre toute raison, rendait la situation intenable.
Sur la place publique de Tombouctou se dressait une sorte de fétiche auquel la croyance populaire prêtait une grande puissance.
C'était une statue d'enfant entièrement composée de terre sombre—et jadis fondée en de curieuses circonstances sous le roi Forukko, ancêtre de Duhl-Séroul.
Possédant les qualités de sens et de douceur retrouvées en temps normal chez la reine actuelle, Forukko, édictant des lois et payant de sa personne, avait porté haut la prospérité de son pays. Agronome éclairé, il surveillait lui-même les cultures, afin d'introduire maints fructueux perfectionnements dans les méthodes caduques touchant les semailles et la moisson.