Entraîné par son patriotisme, Brucès songeait à soudoyer un des serviteurs d'Alexandre dans le but d'arrêter, par un assassinat auquel il ne prendrait qu'une part indirecte, la marche triomphante de l'envahisseur.

Il jeta son dévolu sur Guzil, qui, vu le poste qu'il occupait auprès d'Asnorius, pénétrait librement à toute heure dans la chambre royale, et promit au jeune esclave de l'enrichir pour jamais s'il faisait périr l'oppresseur de l'Asie.

Ayant accepté le marché, Guzil chercha un moyen de gagner sa prime sans se compromettre.

L'adolescent avait remarqué, depuis de nombreux jours qu'il s'en occupait sans cesse, qu'Asnorius, très docile, semblait remarquablement doué pour toute espèce de dressage. Il imagina un plan d'éducation qui devait amener l'oiseau à tuer Alexandre, dont le trépas n'incomberait ainsi à personne.

Chaque fois qu'il fut seul dans la chambre souveraine, Guzil se coucha sur le lit du roi et habitua patiemment Asnorius à faire lui-même, en s'aidant de son bec, un vaste nœud coulant avec le fil d'or qui lui tenait la patte.

Quand l'obéissante bête sut accomplir ce tour de force, l'esclave, toujours étendu, l'entraîna, durant de multiples séances, à lui ceindre largement la figure avec l'énorme boucle, en la faisant reposer d'une part sur son cou, de l'autre contre le sommet de sa tête; puis, imitant les divers retournements d'un dormeur, il lui apprit à saisir toute occasion de glisser peu à peu jusque sous sa nuque le dangereux fil d'or, suffisamment grêle pour s'immiscer sans peine entre les cheveux et le coussin. Alexandre, notoirement, avait un sommeil agité, qui, le moment venu, faciliterait la tâche d'Asnorius.

Arrivé à cette phase de l'éducation entreprise, Guzil, agrippant à deux mains son terrible collier pour éviter sa propre strangulation, accoutuma l'oiseau à s'enfuir brusquement dans la direction propice puis à tirer sur le fil en utilisant l'entière vigueur de ses ailes immenses. Étant donnée la force exceptionnelle représentée par l'effrayante envergure d'Asnorius, le procédé, mis en pratique, amènerait infailliblement la mort immédiate d'Alexandre; en outre, tout se passerait dans des conditions de silence que rendrait nécessaires la présence de l'athlète Vyrlas, défenseur invincible et dévoué qui, chaque nuit, veillait dans la pièce voisine pour garder le repos du roi.

Guzil avait pleine confiance en la résistance du fil, tressé fort solidement pour empêcher toute évasion du volateur aux puissantes rémiges.

Quand tout fut au point, le jeune esclave s'empressa de réaliser son projet.

Exprès il s'était chaque fois mis à plat sur le lit depuis le commencement du dressage, afin que la seule vue d'un homme allongé devînt pour Asnorius un signal d'action. Jusqu'alors il n'avait pas eu lieu de craindre une exécution même partielle de la tâche confiée à l'oiseau, celui-ci dormant toujours profondément pendant la durée complète de la nuit. A la date voulue l'adolescent lui administra simplement une drogue pour le tenir éveillé, certain qu'en présence d'Alexandre endormi sur sa couche il finirait par manœuvrer suivant les plans secrètement conçus.