Or une terrible sécheresse ne cessa de régner pendant cette saison-là, et partout la famine sévit cruellement. Pour la première fois les événements contredisaient les présages de la suette.
Ceux qui avaient épié le nain pendant sa crise sudatoire flairèrent quelque supercherie et tinrent désormais pour suspects ses prétendus gestes fiévreux; en le forçant à montrer son corps on découvrit les cicatrices laissées par les entailles volontaires qu'il s'était faites.
La divulgation du subterfuge déchaîna un immense tollé contre l'imposteur, qui, en extorquant de magnifiques dons, avait d'avance rendu plus cruelle la misère présente des masses.
Mais la superstition préservait Pizzighini de toutes représailles, et l'on ne tenta rien contre celui qui, pareil à un fétiche, pouvait encore, suivant la conviction unanime, provoquer à l'avenir quantité de beaux rendements agricoles. On se promit seulement de faire espionner de plus près dorénavant la venue du suintement vermeil.
Le nain, riant sous cape, continua donc de dilapider effrontément au grand jour, pendant que tout le pays agonisait, les biens acquis par sa fourberie.
Cependant sa pâleur et son épuisement demeuraient extrêmes, et c'est avec l'apparence d'un spectre qu'il se livrait, selon sa coutume, à de continuelles orgies.
L'année suivante, à l'ordinaire échéance vernale, Pizzighini, étroitement guetté cette fois, s'étendit sur sa couche. Mais on attendit vainement l'humectation purpurine. Resté exsangue depuis son effroyable hémorragie, l'avorton n'était plus apte au curieux enfantement du phénomène cutané qui jusqu'alors, à des degrés divers, s'était produit si régulièrement.
Il ne reçut aucunes libéralités.
Or, au bout de quatre mois, un engrangement surabondant et splendide vint prouver l'incapacité prophétique du nain.
Voué à la solitude et au mépris, Pizzighini, tueur contrit de la poule aux œufs d'or, connut dès lors le dénuement sans remède, car son sang ne se reforma point et, dans la suite, jamais la diaphorèse annuelle ne fit de nouvelle apparition.